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Le Brexit et nous

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Photo AFP Le premier ministre britannique Boris Johnson.

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Le Brexit illustre les dangers pour une démocratie d’être plus catholique que le pape. Au nom d’une meilleure démocratie, les députés britanniques ont voté en 2011 une loi qui oblige le gouvernement à tenir des élections à date fixe. Cette loi est une des causes du drame du Brexit.

Sans cette loi, Boris Johnson aurait facilement déclenché des élections et la population aurait pu élire ses députés suivant deux options : un Brexit dur ou un Brexit renégocié.

Au lieu de cela, Johnson est pratiquement incapable de dissoudre le parlement. Les députés s’entredéchirent. Les élus de l’opposition refusent que des élections soient déclenchées sans l’assurance d’un nouveau délai pour négocier de nouvelles conditions de Brexit. D’autant plus que les partisans d’un Brexit dur pourraient bien remporter ces élections.

Blocage

Les élections à date fixe ôtent au parti au pouvoir la possibilité de déclencher des élections quand il est au sommet de sa popularité, ce qui en théorie est une bonne chose.

Mais en pratique, cette loi peut paralyser un gouvernement quand une question grave se présente et qu’il faudrait que des élections hâtives se tiennent pour en décider. C’est ce qui arrive en Grande-Bretagne.

Theresa May, la première ministre précédente, aurait dû déclencher des élections, vers le mois de février dernier, pour soumettre aux électeurs britanniques l’entente à laquelle elle était parvenue.

Cependant, pour obtenir des élections hâtives, elle aurait dû faire adopter une loi qui aurait autorisé ces élections, malgré la loi des élections à date fixe. Or sa majorité était très faible, son parti était divisé et des amendements à un tel projet de loi auraient pu aboutir à une élection conditionnelle à un nouvel accord de Brexit.

Le parti conservateur sous Johnson est encore plus faible que sous May, en raison de nombreuses défections.

Situation impossible

La Grande-Bretagne se retrouve donc dans une situation impossible. D’un côté, Johnson se présente comme le champion de la volonté populaire et il veut réaliser le Brexit coûte que coûte. D’un autre côté, l’opposition a rejeté l’accord de Brexit négocié par May avec l’Union européenne, mais elle ne veut pas non plus d’un Brexit sans accord.

Du strict point de vue politique, c’est-à-dire sans tenir compte des conséquences économiques d’un Brexit dur, c’est Boris Johnson qui a raison. Ce sont en effet les citoyens qui élisent les députés. Mais les députés de l’opposition raisonnent autrement. Ils utilisent une logique légaliste. Pour eux, le peuple n’est pas souverain. La souveraineté est entre les mains de la Reine et des élus. La Reine et les élus doivent pour ainsi dire protéger le peuple contre lui-même.

Quand Boris Johnson s’exclame qu’il n’obéira pas à la toute récente loi du parlement qui l’oblige contre son gré à demander à l’Union européenne un nouveau délai pour le Brexit, il a politiquement raison, mais légalement tort. Il pourrait se retrouver en prison s’il refusait d’obéir.

Ce qui survient en Grande-Bretagne devrait nous inciter à réfléchir à ce qui risque d’arriver à nos institutions démocratiques quand, au nom de la démocratie, on paralyse le gouvernement par des traités, par des lois imprudentes ou par des changements radicaux au système électoral.