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François Legault, chef du camp du Oui

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Photo d'archives, Simon Clark La ministre de la Justice, Sonia LeBel, et le premier ministre du Québec, François Legault

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Le gouvernement de François Legault est en voie de déposer un projet de loi réformant le mode de scrutin. Ce faisant, la CAQ aura déjà amené l’idée plus loin que ne l'ont fait René Lévesque ou Justin Trudeau.  

Le projet de loi, piloté par Sonia LeBel, prévoira une Assemblée nationale composée de 80 députés liés à une circonscription et 45 députés issus de listes régionales. Les noms figurant sur ces listes seront déterminés par chacune des formations politiques, selon des modalités qui leur seront propres.      

Au printemps 2018, tous les partis politiques, sauf les libéraux, ont pris position en faveur de la réforme. Il y a cependant loin de la coupe aux lèvres. La course à la direction du Parti libéral va mettre un peu de piquant dans le débat. Surveillons notamment la députée de Saint-Laurent...     

QS est, sans surprise, enthousiaste: les solidaires seront directement avantagés par le nouveau système. Ils tenteront donc de pousser le bouchon le plus loin possible. Le PQ, lui, est d’accord avec le principe, mais attend de voir les détails. Le projet de loi n’est pas encore déposé, et c’est là que se cacherait le diable.     

À l’exception de la promesse de Justin Trudeau, qui est allée se cacher pour mourir dans un comité, tous les projets de réforme précédents sont morts dans les caucus. C’est humain. On dit aux députés: «Regardez à gauche, regardez à droite, certains de vos collègues vont perdre leur siège à la suite de la décision que nous allons prendre.»      

La CAQ veut remplir sa promesse électorale, mais elle n’est pas SI pressée de la mettre en application.      

Trouver l’équilibre  

Certains détracteurs craignent surtout la perte de poids régional. Les anciens députés Gaétan Lelièvre et Germain Chevarie ont fait front commun contre la réforme, avant même d’en avoir les modalités exactes. Pourtant, le gouvernement semble avoir le réel souci d’atténuer la chose. Je crois que l’on peut minimalement laisser la chance au coureur avant de rejeter la réforme du revers de la main.      

On reproche également aux modes de scrutin avec des éléments proportionnels de créer de l’instabilité, de rendre la composition d’un gouvernement plus longue et plus complexe. Fort bien, mais il est temps de prendre acte du fait que les citoyens demandent plus de collaboration et moins de partisanerie. Les formations politiques n’auraient pas le choix de négocier et personne ne peut être contre cela.      

Il est de la responsabilité des élus d’aller au-delà de leurs intérêts personnels pour servir l’intérêt commun. Il est anormal d’obtenir un gouvernement majoritaire avec moins de 37% des voix. Il faut que les citoyens sentent que leur vote compte.      

Un vote ayant plus de poids, mais qui aboutisse à une Assemblée nationale qui nous ressemble davantage. Les formations politiques subiront des pressions pour qu'une place soit faite à la diversité dans les listes. Puisqu’il appartiendra à ces formations de déterminer comment les candidats des listes seront choisis, celles qui ne feraient pas assez de place aux femmes ou aux communautés culturelles, par exemple, devraient en assumer les conséquences politiques.      

Gagner du temps  

La CAQ a annoncé que le projet de loi serait mis en application si, et seulement si, les citoyens l’entérinaient lors d’un référendum à l’élection de 2022. On pourrait y voir une tactique pour gagner du temps...    

Le Directeur général des élections a de toute façon indiqué qu’il n’était pas réaliste d’appliquer la réforme avant 2026.   

La balle sera dans le camp des électeurs, mais encore faut-il que le gouvernement défende son projet auprès d’eux. François Legault se retrouve finalement, et à reculons, chef du camp du Oui.