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Plus de 250 millions $ perdus dans l’aventure du diamant québécois

La somme grossira encore plus si la relance de la mine s’avère un échec

Les travaux de la première mine de diamants au Québec ont officiellement débuté le 10 juillet 2014, au nord de Chibougamau, en présence du premier ministre Philippe Couillard. Il s’agissait du projet phare du Plan Nord, lancé sous le règne de Jean Charest.
Photo d’archives, Charles Lecavalier Les travaux de la première mine de diamants au Québec ont officiellement débuté le 10 juillet 2014, au nord de Chibougamau, en présence du premier ministre Philippe Couillard. Il s’agissait du projet phare du Plan Nord, lancé sous le règne de Jean Charest.

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Le producteur de diamants Stornoway s’est placé hier sous la protection d’un tribunal, ce qui signifie que le gouvernement devra dire adieu à plus de 250 M$.

Croulant sous près de 500 M$ de dettes, l’entreprise a obtenu hier de la Cour supérieure une ordonnance qui lui permettra de se restructurer sans craindre de se faire poursuivre par ses créanciers.

Stornoway exploite depuis 2016, au nord de Chibougamau, la mine Renard, la seule au Québec à produire des diamants. Il s’agissait d’un projet phare du Plan Nord des libéraux de Jean Charest.

Jean Charest.
Photo Reuters
Jean Charest.

Les actionnaires de Stornoway, qui avaient injecté plus de 400 M$ dans l’entreprise, perdront tout. De cette somme, 110 M$ ont été déboursés par Investissement Québec et 42 M$ par la Caisse de dépôt. Soutenu par des crédits d’impôt, le Fonds de solidarité FTQ devra oublier les 33,7 M$ investis dans des actions de Stornoway en 2010. Il risque aussi de ne récupérer qu’une infime portion de son prêt non garanti de 9,9 M$.

Plus de 740 M$ de fonds publics

En incluant le coût de la construction de la route menant à la mine, soit près de 400 M$, c’est plus de 740 M$ que les Québécois ont investis dans l’aventure.

Le prêt garanti de 100 M$ qu’Investissement Québec a accordé à Stornoway sera converti en actions de la nouvelle société qui reprendra les actifs de Stornoway. Cette opération permettra de réduire les frais d’intérêt de l’entreprise.

Québec, la Caisse et les autres actionnaires du nouveau Stornoway ont accepté de prêter 20 M$ à l’entreprise pour lui permettre de maintenir ses activités au cours des prochains mois.

« D’un côté, c’est sûr que ce n’est pas facile, parce qu’il y a des gens qui y perdent, mais de l’autre, on assure la poursuite des activités de la mine, donc on préserve plus de 500 emplois et l’on pourra payer les fournisseurs, qui sont québécois à 95 % », explique le PDG de Stornoway Patrick Godin.

Ce dernier reconnaît qu’à ses débuts, la mine a eu des problèmes d’équipement qui ont affecté la grosseur des diamants produits, mais il assure que ceux-ci ont été résolus.

Le prix des diamants est trop bas

« Ce qui nous a amenés là [sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers], c’est principalement la baisse des prix du diamant », soutient M. Godin. Le dirigeant fonde beaucoup d’espoir sur la fermeture, annoncée cet été, de la plus grosse mine de diamants au monde, située en Australie.

« Ça va nous mettre en meilleure position sur les marchés », dit-il.

Il faut toutefois espérer que Stornoway pourra tenir encore un certain temps puisque la fermeture de la mine australienne n’est prévue qu’en 2021.

UNE FORTUNE ENGLOUTIE DANS STORNOWAY

110 M$ | d’actions achetées par Investissement Québec

42 M$ | d’actions achetées par la Caisse de dépôt

77 M$ | en prêt du gouvernement pour la route

34 M$ | d’actions achetées par le Fonds de solidarité FTQ

 

Les Québécois bientôt les principaux actionnaires

Les difficultés financières de Stornoway forcent Québec et la Caisse de dépôt à prendre encore plus de place dans l’actionnariat de ce producteur de diamants au modèle d’affaires risqué.

Au terme de la restructuration de Stornoway, Investissement Québec (IQ) détiendra 35 % à 40 % de l’entreprise, tandis que la Caisse aura une participation de 14 % ou 15 %.

Il est donc possible qu’ensemble, Québec et la Caisse contrôlent plus de 50 % des actions de la « nouvelle » Stornoway, qui ne sera plus inscrite en bourse. Jusqu’ici, IQ possédait 26,9 % de Stornoway, alors que la Caisse détenait des intérêts de 14,9 %, pour un total de près de 41,9 %.

« Un joyau »

Un autre acteur québécois, Redevances Aurifères Osisko, détiendra quant à lui 32 % à 36 % de Stornoway.

« La mine Renard de Stornoway, c’est un joyau qui est important au Québec, affirme Bryan Coates, président d’Osisko. Pour nous, c’est important d’être là quand nos partenaires sont en situation difficile. On est là pour tenter de les aider à passer à travers. »

Selon M. Coates, il pourrait s’écouler 18 mois à deux ans avant que Stornoway ne voie enfin la lumière au bout du tunnel.

L’entreprise Osisko est devenue un créancier garanti de Stornoway en faisant l’acquisition, en 2017, de divers actifs miniers appartenant à la firme spécialisée Orion. À l’instar de la Caisse, Osisko détient des contrats d’achat de diamants de Stornoway.

Le 4e et dernier actionnaire de Stornoway sera un fonds constitué aux Bermudes qui appartient à la firme torontoise Triple Flag Mining Finance. Il détiendra 14 % ou 15 % de l’entreprise. Triple Flag est contrôlée par le controversé milliardaire américain Paul Singer, qui aime investir dans les titres de dette en difficulté.

De son côté, la mairesse de Chibougamau, Manon Cyr, ne se formalise pas des millions de dollars de fonds publics engloutis dans Stornoway.

« Si on veut développer une industrie minière au Québec, il faut que le gouvernement y participe », insiste-t-elle.