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«Je ne voulais pas voir qu’elle mourait»

Un garçon de 9 ans aurait été témoin de l’homicide de la conjointe d’Ugo Fredette

Ugo Fredette est accusé d’avoir tué sa conjointe Véronique Barbe et Yvon Lacasse, un aîné dont il aurait volé la voiture pour s’enfuir.
Photo courtoisie Ugo Fredette est accusé d’avoir tué sa conjointe Véronique Barbe et Yvon Lacasse, un aîné dont il aurait volé la voiture pour s’enfuir.

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 SAINT-JÉRÔME | Deux enfants auraient assisté il y a deux ans au meurtre de la conjointe d’Ugo Fredette, dont un garçon à qui celle-ci aurait demandé d’appeler la police, en panique.

 «Elle m’avait dit d’appeler la police, mais je ne l’ai pas appelée. Je pensais qu’elle n’était pas bien dedans sa tête. Elle criait dans la cour. Elle criait à l’aide», a rapporté le garçon alors âgé de 9 ans aux policiers. 

 La déclaration de l’enfant, dont l’identité ne peut être révélée, a été enregistrée sur vidéo, et présentée ce matin au jury chargé du sort d’Ugo Fredette, au palais de justice de Saint-Jérôme. 

 L’homme de 43 ans est accusé d’avoir commis les meurtres prémédités de Véronique Barbe et d’Yvon Lacasse, il y a deux ans. 

 Les deux victimes, qui sont la conjointe de Fredette et un aîné dont il aurait volé la voiture pour s’enfuir, auraient été tuées le même jour, respectivement à Saint-Eustache et à Lachute. 

 Le 14 septembre 2017, deux enfants jouaient au sous-sol de la résidence du couple Barbe-Fredette, qui était également une garderie en milieu familial. 

 Ceux-ci sont montés précipitamment au rez-de-chaussée en entendant Mme Barbe crier. 

 «Ugo m’a dit de m’en aller. Véronique est partie en courant dehors. Elle était apeurée, fâchée, mettons», a relaté l’enfant. 

 «Comme un câlin»

 Il a affirmé avoir ensuite vu l’accusé prendre la victime sur le balcon, alors que celle-ci disait «ouch». 

 «Il l’a pris[e] comme s’il [lui] donnait un câlin, mais juste pour la ramener», a-t-il précisé. 

 Cette partie de son témoignage semble faire écho à celui de la voisine du couple Barbe-Fredette, qui a raconté hier aux neuf hommes et trois femmes du jury ce qu’elle avait vu depuis son propre balcon ce jour-là. 

 Christine Gouin a expliqué avoir observé Fredette traîner sa conjointe vers l’intérieur de sa résidence en l’appuyant contre lui. 

 «Véronique était comme une petite poupée, elle avait la tête penchée, l’air toute molle. Elle ne se débattait pas. Ugo l’a tirée vraiment fort par en arrière», a détaillé la dame, la voix coupée par l’émotion. 

 En détresse

 C’est tout ce qu’a pu voir Mme Gouin puisque la scène se serait par la suite transportée dans la cuisine de la maison. 

Debout dans l’entrée de la résidence de Saint-Eustache, l’enfant de 9 ans pouvait voir la cuisine (au fond) où la victime aurait été poignardée à mort.
Photo Courtoisie de la cour
Debout dans l’entrée de la résidence de Saint-Eustache, l’enfant de 9 ans pouvait voir la cuisine (au fond) où la victime aurait été poignardée à mort.

 À cet endroit, le garçon de 9 ans, qui se tenait toujours debout près de l’entrée, a aperçu Véronique Barbe couchée par terre, sur le dos, en détresse. 

 «Mon cœur battait vraiment vite, parce que je ne voulais pas voir qu’elle mourait. Son ventre gonflait vraiment beaucoup, comme si elle respirait normal, mais vraiment plus fort», a-t-il détaillé. 

 En larmes

 Pendant ce temps, l’autre enfant âgé de 6 ans se tenait près de la victime, en larmes. 

 Cet enfant, que l’accusé de 43 ans a amené avec lui dans sa fuite, ne s’adressera pas au jury. 

 La Couronne a néanmoins mentionné dans sa déclaration d’ouverture, la semaine dernière, que des traces d’ADN des deux victimes ont été retrouvées sur ses vêtements. 

L’entrepreneur Normand Dufresne est passé près de la maison où aurait eu lieu le meurtre. Il a vu un homme qui aurait pris la fuite avec un enfant.
Photo MARTIN ALARIE
L’entrepreneur Normand Dufresne est passé près de la maison où aurait eu lieu le meurtre. Il a vu un homme qui aurait pris la fuite avec un enfant.

 Fredette aurait tué sa conjointe des huit dernières années, car il n’acceptait pas leur rupture imminente, d’après la poursuite. 

 Moins d’une heure après le premier meurtre allégué, l’accusé se serait rendu avec l’enfant de 6 ans dans une halte routière située à la jonction des routes 158 et 329, à Lachute. 

 Battu à mort

 À cet endroit, il aurait battu un homme de 71 ans dans le but allégué de lui voler son véhicule, selon ce qu’a relaté la Couronne dans son exposé d’ouverture la semaine dernière. 

 L’accusé se serait ensuite débarrassé du corps d’Yvon Lacasse dans un boisé des Laurentides. La dépouille du septuagénaire n’a été retrouvée que six jours plus tard, dans un état de putréfaction avancée. 

 Fredette a finalement été arrêté en Ontario le 15 septembre 2017, au terme d’une poursuite policière. 

 Le procès présidé par la juge de la Cour supérieure Myriam Lachance doit durer deux mois, au palais de justice de Saint-Jérôme. 

 La Couronne est représentée par Mes Steve Baribeau, Karine Dalphond et Alexis Marcotte-Bélanger, tandis que Me Louis-Alexandre Martin représente l’accusé. 

Textos incessants

Dans les jours précédant la mort de sa conjointe Véronique Barbe, Ugo Fredette lui aurait envoyé des dizaines de messages pour tenter de la convaincre de reconsidérer leur rupture. Voici des extraits de textos écrits la veille du drame.

  • Véronique : [Sois] indépendant, tu devras te refaire une autre vie.
  • Ugo : Je ne pourrai pas.
  • Véronique : Oui tu peux.
  • Ugo : Non. Pas sans toi. Tu m’avais promis un mois.
  • Véronique : Je ne veux pas de ce stress. Tu es capable et facilement en plus.
  • Ugo : Je me suis pris en main. Rien ne peut réparer ça ? Je ne t’ai pas frappée.
  • Véronique : Ugo, non. Je ne veux plus.
  • Véronique : Arrête maintenant. J’ai vraiment besoin de me vider la tête et je [ne] veux pas qu’on se texte tout le temps.
  • Ugo : Tu auras ce que tu mériteras. Je te demande de m’aider. Tu aimes mieux que je reste seul.
  • Ugo : Tu veux que je parte ?
  • Véronique : Oui, j’en ai eu assez.
  • Ugo : Je pars pour de bon... Je t’aurai avertie. Tu n’auras pas besoin de vendre la maison.
  • Véronique : Je n’accepte plus les menaces.
  • Ugo : Tu verras.