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Shayne Corson revient sur ses démons

Shayne Corson revient sur ses démons
Le Journal de Montreal

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Durant sa carrière de 19 ans dans la Ligue nationale de hockey (LNH), l’ancien attaquant du Canadien de Montréal Shayne Corson a affronté une multitude de joueurs redoutables et peu commodes, mais des rivaux beaucoup plus dangereux le guettaient ailleurs.

L’homme de 53 ans a tenu à livrer un message d’espoir au cours d’une entrevue diffusée mardi par le site The Athletic. L’auteur de 693 points en 1156 rencontres du calendrier régulier de la LNH a éprouvé des problèmes de santé mentale pendant la seconde moitié des années 1990 et au début des années 2000, étant aux prises avec une dépression caractérisée par des crises de panique.

Le décès prématuré de son père Paul en 1993, à l’âge de 45 ans, n’a pas aidé la cause. La suite n’a pas été des plus glorieuses pour le hockeyeur qui en a arraché sur la glace au cours de son deuxième séjour avec le Tricolore, de 1996 à 2000. Et durant son passage chez les Maple Leafs de Toronto, de 2000 à 2003, il a broyé du noir d’une toute autre manière. Longtemps, il pensait mourir jeune, une peur qui est apparue à la suite du départ de son père, mort du cancer de l’oesophage.

«Une fois, je n’ai pas dormi pendant 12 nuits. Je craignais trop d’aller au lit, car je croyais ne jamais me réveiller, a-t-il mentionné, affirmant aussi que sa première attaque de panique sérieuse était survenue à l’été 2000. J’assumais ma médicamentation avec de l’Ativan et de l’alcool. [...] C’était un cercle vicieux. Je tournais en rond et ça ne faisait qu’empirer.»

Malgré l’aide de sa famille et de ses proches, dont son beau-frère Darcy Tucker, le patineur nageait en eaux troubles et peinait à s’en sortir. En 2002-2003, il a souffert d’une poussée de colite ulcéreuse, un problème pour lequel il avait reçu un diagnostic à l’âge de 15 ans. Corson a ainsi perdu 25 lb et au plan psychologique, sa chute fut davantage vertigineuse.

«J’étais dans un trou noir et j’allais y rester. C’était la dépression totale, l’anxiété tout au long de la journée, quotidiennement, a-t-il déclaré, tout en admettant avoir eu des pensées suicidaires. À ce stade-là, ça n’allait pas se terminer de la bonne façon sans aide.»

Absence critiquée

Au milieu d’une série de premier tour face aux Flyers de Philadelphie en 2003, Corson avait décidé de s’éloigner de son équipe et il avait eu droit à une pluie de critiques, certains croyant qu’il était insatisfait de son temps de jeu.

«Ça m’a fait mal plus qu’autre chose. La semaine ayant suivi, cela a rendu ma maladie encore plus difficile à tolérer, car je n’abandonne jamais, comme ce fut le cas toute ma vie, a-t-il émis. Les gens connaissant bien la santé mentale savent que parfois, il faut prendre du recul et obtenir l’aide requise. Vous ne pouvez pas vous concentrer sur rien, sauf vous-même.»

«Je ne pouvais pas jouer et traverser ça sans soutien. J’en avais besoin pour m’en sortir. Aujourd’hui, je suis encore ici et je peux en parler pour aider les gens.»

Appuyé par des professionnels compétents, Corson a repris goût à la vie. Depuis sa retraite annoncée il y a une quinzaine d’années, il profite des bienfaits des traitements auxquels il a droit. Même si ses démons se manifestent occasionnellement, il comprend beaucoup mieux la situation et sait comment demeurer en contrôle. Et le hockey a également eu son mot à dire dans sa progression, puisqu’il participe à divers événements pour des œuvres de charité, incluant un tournoi visant à soutenir les personnes sans domicile fixe.

«Je dois recueillir de l’argent pour une cause à laquelle je crois et cela me permet de jouer, tout en côtoyant des hockeyeurs, a-t-il expliqué. Pour moi, c’est une thérapie.»