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Aide médicale à mourir: «C’est ma bouée de sauvetage»

Une femme de Terrebonne atteinte d'une maladie neurodégénérative espère pouvoir profiter de l'élargissement de l'aide médicale à mourir

Aide médicale à mourir: «C’est ma bouée de sauvetage»

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Une femme de Terrebonne atteinte d'une maladie neurodégénérative depuis trois ans s’accroche à l’idée que l’aide médicale à mourir sera élargie d’ici six mois et espère que Québec ne lui enlèvera pas sa «bouée de sauvetage».   

«Je ne veux pas vivre 10 ans comme ça. Je ne veux pas vivre 10 ans à avoir mal, physiquement et émotionnellement. L’aide médicale à mourir, c’est ma plus belle porte de sortie, pour partir sereinement», articule difficilement Carole Côté, 54 ans, qui n’est pas sortie de son lit depuis deux mois tellement elle souffre.     

Elle a reçu Le Journal mercredi dans sa toute petite chambre du deuxième étage du Pavillon du Vieux Terrebonne, une résidence pour personnes âgées.     

 

  • Le médecin en soins palliatifs Alain Naud était l’invité de Benoît Dutrizac sur QUB radio:

 

Mme Côté étant incapable d'entendre, il a fallu que toutes les questions de l'entrevue soient écrites sur un tableau blanc, au marqueur, afin qu'elle puisse réagir à la décision du tribunal, qui a tranché que l'aide médicale à mourir serait dorénavant accessible aux personnes dont la mort n’est pas prévisible ou qui ne sont pas en fin de vie.    

«C'est le plus beau des cadeaux. [...] C'est comme Noël, pour moi», soutient Mme Côté, dont la condition n'a fait que se dégrader depuis trois ans.    

Aucun espoir  

«Au départ, ce sont mes jambes qui ont commencé à me lâcher de temps en temps. Je n'avais aucune idée de ce qui m'arrivait. J'ai fait plusieurs examens. Au début, on pensait que c'était la sclérose en plaques. Finalement, c'est une maladie neurodégénérative, mais on n'arrive pas à faire un diagnostic clair», explique-t-elle.     

Aujourd'hui, ses conditions de vie sont si insupportables qu'elle estime que l'aide médicale à mourir est pour elle la «seule solution, puisqu'il n'y a pas d'espoir d'amélioration».

«Je n’en ai plus, de qualité de vie. Je fais de l’ataxie, j’ai de la misère à bouger, j’ai toujours mal. Je fais de l’acouphène invalidant, je n’entends presque plus rien, relate la dame. Ma vie, depuis trois ans, c’est une succession de deuils, la maison, les loisirs, ne plus être capable de faire certaines choses, et maintenant, je ne suis plus capable de rien faire.»    

Quatre refus  

Carole Côté dit s'être adressée à quatre médecins différents et avoir essuyé autant de refus, puisqu’on ne la considérait pas en fin de vie.    

«Mais lorsque je vais être mourante, il va être trop tard de toute façon. J’aurai trop souffert d’ici là», déplore la femme.     

Selon Mme Côté, le fait que la décision de la juge Christine Baudouin ne sera effective que dans six mois va lui permettre de bien préparer ses dernières volontés avant «le dernier grand voyage».    

«J’ai comme peur qu’ils changent d’idée ou que ça soit contesté en cour. C’est ma bouée de sauvetage, ils ne peuvent pas me l’enlever», glisse Mme Côté.     

«Partir en hiver, ça va être beau. Je vais pouvoir regarder les flocons tomber par la fenêtre», s’imagine-t-elle.   

Elle ajoute qu'elle souhaite être entourée de tous ses proches pour ce moment où, elle en est certaine, elle pourra «partir en paix».    

«Parce que je les aime»  

«On va pouvoir se raconter des anecdotes pis des souvenirs. Et lorsque ça va être le moment d'y aller, ceux qui voudront être là viendront, et pour les autres, je vais comprendre, ce n'est pas facile», souligne la femme de 54 ans.    

Elle souhaite aussi que sa famille puisse comprendre les motifs derrière sa décision.    

«Faut pas qu'ils voient ça comme de la lâcheté, que je baisse les bras, comme un abandon. Je fais ça parce que je les aime, ce n'est pas facile de me voir comme ça. L'aide médicale à mourir, c'est beau. Je ne suis pas suicidaire, c'est juste qu'il n'y a plus d'autres solutions, pis c'est moi qui aurai pris la décision», dit Carole Côté, la voix étouffée par les sanglots.    

La femme espère maintenant trouver un médecin qui acceptera de lui prodiguer l’aide médicale à mourir.    

«Il y a une partie de la bataille qui vient d’être gagnée. Ça, c’est ça, ma prochaine», conclut Mme Côté avec un sourire, elle qui avoue ne pas avoir été capable d'en faire un depuis des mois.   

– Avec la collaboration de Pascal Dugas-Bourdon