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Fous de Bassan: le quart des poussins survivent

Leur poisson favori s’éloigne, poussant les parents à laisser leurs bébés seuls longtemps

fous de Bassan
Photo courtoisie David Pelletier, enseignant en biologie au Cégep de Rimouski et étudiant au doctorat à l’UQAR, en train d’étudier les fous de Bassan au parc national de l’Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé. 

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PERCÉ | À peine un nouveau-né fou de Bassan sur quatre a survécu sur l’île Bonaventure, en Gaspésie, cette saison, probablement parce que les parents ont eu à parcourir de trop longues distances pour accéder à leur nourriture.

Ça fait bientôt 10 ans que le taux de survie des nouveau-nés est faible sur l’île située à Percé, en Gaspésie. Le maquereau, le poisson préféré de cet oiseau marin pour se nourrir, lui est moins accessible depuis quelques années.

Une des hypothèses est que le poisson s’est déplacé plus loin, en raison du réchauffement de l’eau attribuable aux changements climatiques.

«Super agressifs»

«On sait que le réchauffement de l’eau a amené un changement dans la composition du zooplancton dans l’écosystème. Dès le début de la chaîne alimentaire, ce sont des espèces plus petites et moins intéressantes d’un point de vue nutritif. Les poissons se déplacent donc pour se nourrir d’espèces plus intéressantes. Les poissons sont aussi de plus en plus petits», soutient David Pelletier, enseignant en biologie au Cégep de Rimouski et étudiant au doctorat à l’UQAR.

Les poussins de ce majestueux oiseau blanc et jaune ne meurent pas de faim. Ils sont plutôt attaqués par les autres oiseaux adultes, car ils sont laissés trop longtemps seuls par leurs parents, partis chercher de la nourriture.

«Les fous de Bassan sont super agressifs entre eux. Normalement, il y a un partage des tâches entre les deux parents, à tour de rôle. Mais les oiseaux vont de plus en plus loin, de plus en plus tôt. Le parent qui est au nid, s’il n’est plus capable d’être à jeun, il va privilégier sa propre survie. En quittant le nid, il abandonne son jeune sans défense, qui va se faire attaquer par les autres adultes. [À cause des] assauts des voisins, il va perdre des forces et mourir», explique M. Pelletier.

Prévention

Si la population demeure stable sur l’île Bonaventure, soit environ 58 000 couples, il n’en demeure pas moins qu’il y a des signaux d’alarme pour le futur, en raison du succès de reproduction qui est très faible depuis plusieurs années.

«L’espèce se porte bien pour l’instant au point de vue de la population, mais on enregistre des signes [alarmants]. Peut-on essayer de prévenir avant qu’il y ait une diminution de cette population-là?» questionne M. Pelletier.

Le spécialiste rappelle que le fou de Bassan est une espèce «sentinelle», qui permet de surveiller l’évolution de l’écosystème, d’où l’importance de le préserver.