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Printemps tardif: moins de vin et plus de mousseux cette année

Le mûrissement des raisins au Québec a été retardé

Guillaume Leroux pense devoir laisser des raisins dans le champ puisqu’ils ne seront pas assez mûrs pour être utilisés.
Photo Martin Alarie Guillaume Leroux pense devoir laisser des raisins dans le champ puisqu’ils ne seront pas assez mûrs pour être utilisés.

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Des vignerons québécois s’atten­dent à devoir produire plus de mousseux ou de spiritueux plutôt que du vin cette année, en raison du printemps tardif qui a retardé le mûrissement des raisins.

« Les mousseux, tout le monde parle juste de ça cette année », lance en riant Guillaume Leroux du Vignoble Val Caudalies, à Dunham.

M. Leroux et d’autres vignerons devront user de créativité cette saison pour utiliser leurs raisins. Certaines variétés ne seront pas assez mûres pour faire du vin, ou du moins pour arriver à produire les cépages qu’ils offrent habituellement.

« Nos classiques année après année seront peut-être différents. Notre 100 % Frontenac noir ou notre 100 % Vidal sera peut-être assemblé avec autre chose », dit M. Leroux, qui croit même devoir laisser des raisins au champ.

Avec des mois de mai et le début juin frais et pluvieux, les vignes ont perdu d’importantes heures d’ensoleillement et de chaleur qu’il n’a pas été possible de rattraper malgré le beau temps de juillet et août.

De plus, l’humidité du mois de juillet a causé des maladies dans certains vignobles.

« Notre problème au Québec, c’est qu’au mois de septembre, les températures sont basses la nuit, explique Mario Plante, du Vignoble biologique Negondos. À Niagara, la nuit, il fait 15-16 degrés, ce qui fait que dès que le soleil du matin arrive, la vigne rentre dans une zone productive et les raisins mûrissent. Chez nous, le matin, il peut faire 4-5 degrés. Donc, avant qu’on arrive à 15 degrés, il va être 12 h-13 h et à 16 h, le soleil perd de son intensité ».

Saison stressante

« Une belle journée de septembre équivaut peut-être à une demi-journée de juillet », compare M. Plante, qui pense arriver au mûrissement voulu pour ses raisins, mais qui qualifie la saison de stressante.

Il compte sur les 20 degrés annoncés dans les prochains jours pour maximiser les sucs de ses fruits.

Stéphane Lamarre du Château de cartes, à Dunham, en Montérégie, croit aussi obtenir des raisins tout juste mûrs avant le premier gel au sol, mais ce sera une véritable course contre la montre pour les cueillir.

« J’ai évalué qu’on a perdu 12 à 14 jours au printemps. On va donc vendanger plus tard, ce qui nous laisse moins de temps [pour tout ramasser] avant le premier gel. Il faut être prêt à recevoir les raisins. Si on met 20 ou 30 % de plus de charge de travail par jour, ça demande une logistique plus complexe », indique-t-il.

Plus propice aux mousseux

Des raisins moins mûrs sont plus acides et moins aromatiques que des fruits plus matures, des caractéristiques qui sont davantage recherchées dans les mousseux, par exemple. Il est aussi possible de recycler ces raisins dans des spiritueux.

De son côté, Anthony Carone, du Vignoble Carone, à Lanoraie, ne pense pas que tout son pinot noir sera assez mature pour faire du vin rouge. Il compte donc utiliser les raisins moins mûrs pour faire son gin.

« L’acidité, ça se contrôle, les vins ne vont pas sortir plus acides. Personne ne va mettre un vin acide sur le marché », assure M. Leroux, qui compte aussi utiliser de ses raisins pour faire son vermouth.