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Procès d’Ugo Fredette: les policiers n’ont pas pu sauver la femme poignardée

La conjointe d’Ugo Fredette était déjà morte deux minutes après l’appel au 911

Procès d’Ugo Fredette: les policiers n’ont pas pu sauver la femme poignardée
Photo Agence QMI, Delf Berg

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SAINT-JÉRÔME | La conjointe d’Ugo Fredette était déjà décédée, étendue dans une mare de sang, lorsque les premiers policiers sont arrivés à sa résidence de Saint-Eustache, deux minutes après l’appel 911.

« Normalement, quand on se déplace sur une chicane de famille, où ça crie, on l’entend avant d’entrer. [...] Là, on n’avait pas de son, pas d’image qui provient de la maison », a décrit ce matin l’agent Guillaume Gosselin, au palais de justice de Saint-Jérôme.

Le patrouilleur de la police de Saint-Eustache est le premier à avoir pénétré dans la résidence du boulevard Antoine-Séguin, où Véronique Barbe a été tuée le 14 septembre 2017.

Il a relaté au jury chargé du sort d’Ugo Fredette les premières minutes de l’intervention marquante qu’il a effectuée ce jour-là.

L’accusé de 43 ans aurait tué, le même jour, sa conjointe et Yvon Lacasse, un aîné dont il aurait volé la voiture pour s’enfuir.

L’agent Guillaume Gosselin a été le premier policier arrivé sur les lieux du meurtre de Véronique Barbe.
Photo Martin Alarie
L’agent Guillaume Gosselin a été le premier policier arrivé sur les lieux du meurtre de Véronique Barbe.

Chicane houleuse

C’est un appel au 911 fait par les voisins du couple Barbe-Fredette, à 17 h 34, qui a tout déclenché. Ceux-ci auraient été témoins d’une chicane houleuse sur le balcon arrière de la maison.

Christine Gouin et son mari ont entendu « un cri de mort » poussé par une femme.

En se précipitant sur son balcon, Mme Gouin a eu le temps de voir Ugo Fredette tirer sa conjointe vers l’intérieur de la résidence.

« Véronique était comme une petite poupée, elle avait la tête penchée, l’air toute molle », a illustré la dame lundi, la voix coupée par l’émotion.

À 17 h 36, l’agent Gosselin et son partenaire sont arrivés sur les lieux. Les patrouilleurs ont cogné à la porte avant, sans réponse.

Le policier Gosselin a ensuite tenté de voir au travers de la porte-patio arrière, mais celle-ci était presque entièrement couverte par des rideaux noirs.

« [Les rideaux] étaient très collés l’un sur l’autre. Il y avait juste l’espace d’une main entre les deux. Je ne voyais rien, j’ai reviré de bord », a-t-il expliqué au jury de neuf hommes et trois femmes.

Le patrouilleur a dû fracasser la porte-patio pour pénétrer dans la résidence.
Photo courtoisie de la cour
Le patrouilleur a dû fracasser la porte-patio pour pénétrer dans la résidence.

Mauvais feeling

Les patrouilleurs sont alors allés rencontrer les voisins, qui leur ont confirmé, qu’à leur avis, personne n’avait quitté la résidence. Il devrait y avoir un homme, une femme et un jeune enfant à l’intérieur.

« Je n’ai pas un bon feeling. Je ne suis pas à l’aide avec ce qui se passe. Je suis habitué à ce genre de situation-là, et ce n’est pas comme d’habitude. Ça ne marche pas », a détaillé l’agent Gosselin.

C’est en retournant à l’arrière de la résidence du couple Barbe-Fredette que le policier a vu des pieds sur le sol de la cuisine.

« Il y avait énormément de sang, une mare de sang. C’est un corps que j’ai. [...] Je prends mon bâton télescopique et je brise la vitre », a mentionné l’agent Gosselin.

Croyant qu’un suspect puisse se terrer quelque part, le patrouilleur et son partenaire dégainent leurs armes.

« Je me penche sur Madame, je lui mets ma main sur l’épaule. Elle avait les yeux grands ouverts. J’ai dit « Madame » et sa tête s’est penchée sur le côté. Je constate qu’il n’y a plus rien à faire, Madame est décédée », a relaté le policier Gosselin.

Un couteau ensanglanté se trouvait dans l’évier de la cuisine.
Courtoisie de la cour
Un couteau ensanglanté se trouvait dans l’évier de la cuisine.

Alerte Amber

Le duo de patrouilleurs a par la suite fouillé la maison de fond en combles, trois fois plutôt qu’une, à la recherche d’Ugo Fredette et de l’enfant.

« La maison est vide », a conclu l’agent Gosselin.

Après avoir présumément tué sa conjointe des huit dernières années, car il n’acceptait pas leur rupture, Fredette aurait pris la poudre d’escampette avec l’enfant de 6 ans.

Hier, un entrepreneur qui est passé devant la résidence juste avant l’arrivée des policiers a affirmé au jury avoir vu un homme « s’en venir sur le gazon avec un enfant sous son bras droit, comme une poche de patate ».

Normand Dufresne n’a pas trouvé la situation anormale sur le coup, mais cela a vite changé lorsqu’il a appris quelques heures plus tard qu’une alerte Amber avait été déclenchée, car un enfant manquait à l’appel.

Moins d’une heure après le premier meurtre allégué, l’accusé se serait rendu avec le bambin dans une halte routière située à la jonction des routes 158 et 329, à Lachute.

Battu à mort

À cet endroit, il aurait battu un homme de 71 ans dans le but allégué de lui voler son véhicule, selon ce qu’a relaté la Couronne dans son exposé d’ouverture la semaine dernière.

L’accusé se serait ensuite débarrassé du corps d’Yvon Lacasse dans un boisé des Laurentides. La dépouille du septuagénaire n’a été retrouvée que six jours plus tard, dans un état de putréfaction avancée.

Ugo Fredette a été arrêté le lendemain en Ontario, au terme d’une poursuite policière.

Le procès présidé par la juge de la Cour supérieure Myriam Lachance doit durer deux mois, au palais de justice de Saint-Jérôme.

La Couronne est représentée par Mes Steve Baribeau, Karine Dalphond et Alexis Marcotte-Bélanger, tandis que Me Louis-Alexandre Martin représente l’accusé.