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Si Geneviève Guilbault était un homme?

Si Geneviève Guilbault était un homme?
Photo d'archives, Simon Clark

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La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a offert ses excuses un peu plus tôt aujourd’hui à des ex-employés. Le crime de la ministre: elle aurait été dure et aurait utilisé un langage irrespectueux à l’endroit de personnes qu’elle a congédiées.  

Ce n’est pas un hasard si la ministre Guilbault a choisi de s’excuser en avant-midi, alors que Justin Trudeau donnait le coup d’envoi officiel à la campagne électorale fédérale. Devant une salle de presse pas mal moins occupée qu’à l’habitude (timing is everything), les excuses de la ministre ont passé comme une lettre à la poste. Et c’est très très bien. Vu que toute cette affaire est RIDICULE.   

En entrevue avec ma collègue Emmanuelle Latraverse un peu plus tôt cette année, la ministre Guilbault a affirmé ceci: «Si j’avais à me donner un défaut, ce serait impatiente... On peut le voir comme de l’efficacité, ça ne va jamais assez vite, la qualité n’est jamais suffisante, c’est rarement à mon goût ce qui me parvient comme produit brut [...] j’essaie de peaufiner, de rendre ça à mon goût.»   

En clair, madame la ministre est perfectionniste et ne se gêne pas pour dire à son équipe quand les choses ne vont pas comme elle veut ou ne sont pas à la hauteur de ses attentes.   

C’est quoi le problème? Est-ce qu’une telle attitude est répréhensible? Est-ce que ça mérite des excuses? Oui, si on devient dans le processus toxique, impoli et insultant envers ses employés.   

Sauf que ce que l’on reproche à Geneviève Guilbault depuis lundi, c’est d’avoir évoqué le motif de congédiement de ses employés: l’incompétence. Je n’étais pas là pour en juger, mais me semble que si une ministre prend une telle décision, c’est parce qu'incompétence il y a. Et je veux juste souligner qu’elle a dit incompétent. Pas épais. Pas stupide. Pas niais.   

Dire qu’un employé est incompétent et qu’il n’effectue pas, de ce fait, le travail pour lequel l’État le paie de façon adéquate, ce n’est pas une insulte. Je ne vois pas où est l’irrespect là-dedans. C’est juste un fait.   

Pourquoi on cherche toujours à dorer la pilule? Les employés étaient incompétents, la ministre les a mis dehors pour cette raison et au lieu d’essayer de trouver une raison bidon ou de sortir la cassette, elle l’a juste dit.   

On est toujours en train de se plaindre que les politiciens ont la langue de bois, qu’ils ne disent pas les vraies affaires. Et quand enfin un élu ose dire les vraies affaires, il doit venir s’excuser en rampant comme un petit chien pas de médaille?   

Et pire, certains se servent de cette sortie de la ministre pour se faire du capital. Je salue au passage l’ex-ministre de la Sécurité publique Stéphane Bergeron, qui s’est réjoui des excuses de madame Guilbault, qualifiant ses propos d’inélégants.   

L’élégance, c’est tellement important. Surtout quand il s’agit d’une femme, une belle femme de surcroît. Et je vais aller plus loin que ça: si Geneviève Guilbault était un homme, est-ce qu’on lui reprocherait d’être trop dur, trop intransigeant et inélégant?   

Notre histoire politique est remplie de ministres reconnus comme ayant été très exigeants envers leurs employés. Je pense à Jacques Parizeau, Lucien Bouchard ou Bernard Landry. Or, on disait d’eux qu’ils étaient des passionnés de politique, qu’ils agissaient de la sorte parce qu’ils avaient des personnalités intenses et leur intransigeance était vue comme une qualité qui faisait d’eux des hommes dignes d’être premier ministre...   

Certaines femmes politiques comme Monique Jérôme-Forget, Liza Frulla ou Michelle Courchesne avaient aussi la réputation d’être des femmes de fer. Mais ce n’était pas vu comme une qualité. On les aurait préférées plus douces, plus «féminines» dans leurs façons de faire. Martine Ouellet a particulièrement souffert cette perception.   

Donc, essentiellement, on reproche à la ministre Geneviève Guilbault d’avoir parlé publiquement du congédiement de certaines personnes et d’avoir osé prononcer le terme «incompétence». Eh la la! C’est vraiment grave (not). Je me permets donc de reposer la question: si Geneviève Guilbault était un homme, aurait-on perçu sa sortie différemment? Poser la question, c’est y répondre.