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Choisir sa mort quand on ne peut pas choisir sa vie

Nicole Gladu
Photo Pierre-Paul Poulin Nicole Gladu

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L’aide médicale à mourir, pour ceux et celles qui viennent un jour à le souhaiter pour eux-mêmes, dans les faits, c’est choisir sa mort lorsqu’on n’a pas pu choisir sa vie. 

En d’autres termes, quand la maladie grave frappe et que la mort est imminente, la loi, sous des conditions très strictes, le permet. Mais pour ceux et celles dont la souffrance est immense, mais dont la mort n’est pas «raisonnablement prévisible», la loi les prive de ce même droit de choisir de mourir dans la dignité. 

Ce droit, aussi bouleversant soit-il d’en discuter, la juge Christine Baudouin vient enfin de l’accorder dans un jugement d’une intelligence fine et d’un très grand humanisme. Pour lire le jugement dans son entièreté, c’est ici

La juge Baudouin de la Cour supérieure statue en effet que le critère de la mort «raisonnablement prévisible» contrevient aux droits fondamentaux édictés par la Charte canadienne des droits et libertés. 

En termes de justice sociale, c’est une avancée majeure. Laquelle a été rendue possible grâce au courage sans nom et à la détermination de fer de deux personnes gravement souffrantes, mais dont la loi actuelle privait du droit de mourir dans la dignité: Nicole Gladu et Jean Truchon.  

Pendant deux ans, malgré leur état physique qui ne cesse de s’aggraver, ils ont tenu tête, ils ont tenu le coup.  

Ce matin, en conférence de presse, Mme Gladu a tenu à remercier entre autres Mme Véronique Hivon, députée et ex-ministre péquiste, pour avoir dirigé aussi vaillamment jusqu’en 2014, le projet de loi transpartisan sur les soins de fin de vie.   

Lequel, on l’oublie trop souvent, prévoyait aussi de bonifier considérablement l’offre de soins palliatifs. Ce qui, par la suite, ne fut jamais vraiment fait. 

Pour que ce jugement ne risque pas d’être renversé en Cour d’appel ou à la Cour suprême, leur avocat, Me Jean-Pierre Ménard, implore les gouvernements de Justin Trudeau et de François Legault de ne pas aller en appel. 

S’ils devaient en venir à cette décision, il faudra alors que les législateurs s’assurent, comme ils l’ont en 2014, d’empêcher par loi tout abus possible ou pressions indues exercées par des familles dans le but d’«encourager» une personne atteinte d’une maladie dégénérative grave et souffrante de demander l’aide médicale à mourir contre son propre gré. 

Pour ce faire, s’ils ne vont pas en appel, la juge Baudouin leur accorde six mois de délai pour qu’à Québec, on amende en conséquence la loi sur les soins de fin de vie et qu’à Ottawa, on révise le Code criminel. 

Plusieurs «verrous» devront donc être prévus pour s’assurer qu’il s’agira bel et bien de la véritable volonté, du vrai choix, de la personne malade elle-même et non pas, de sa famille. 

Mais n’y sommes pas encore.