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De quel pays voulez-vous?

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Photo AFP Le Premier ministre du Canada, Justin Trudeau

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On dit souvent que le premier jour d’une campagne électorale, ça compte.

Vrai, mais pas toujours. Hier, c’était l’exception à la règle. Le jour du déclenchement officiel, presque toutes les questions des journalistes anglophones ont porté sur l’affaire SNC-Lavalin. Celles de leurs collègues francophones ont presque toutes porté sur le positionnement des chefs face à la loi québécoise sur la laïcité de l’État. Deux solitudes ? Sans blague.

Or, il est peu probable que ces deux sujets dominent la campagne. Tout en a déjà été dit et redit. Ce dont les électeurs veulent entendre parler, ce sont plutôt les changements climatiques, l’économie, la santé, le vieillissement de la population, l’égalité homme-femme, l’accès au logement et à la propriété, etc. Fort heureusement d’ailleurs.

En cela, la campagne s’annonce déterminante sur plusieurs plans. Chacun des discours prononcés hier par les chefs de parti se résume en effet par une seule question : de quel pays voulez-vous ? Y compris pour le chef du Bloc québécois, pour qui ce « pays », ce serait un Québec indépendant. Point.

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Clientèles prisées

Mais attention. Le chef libéral Justin Trudeau et le chef conservateur Andrew Scheer posent chacun cette même question aux mêmes deux clientèles prisées : classe moyenne et familles. Sollicitant un deuxième mandat, le premier ministre sortant reprend donc son plan de match gagnant de 2015. Il se campe à nouveau dans le coin « progressiste » de l’arène. Cette fois-ci, il aura cependant son bilan pour le prouver.

La chute du NPD l’aide aussi à sortir sa cape de progressiste en chef. D’où son message dominant : les libéraux ont « investi dans les gens » — une référence non dite à son choix surprise en 2015 de faire des déficits —, alors que les conservateurs d’Andrew Scheer préparent des « compressions » et de l’« austérité ».

Fait à noter : Justin Trudeau se limite pour le moment à son principal adversaire. Lequel jure vouloir « remettre de l’argent dans les poches » des familles. C’est donc que M. Trudeau ne tient pas la réélection de son gouvernement pour acquise.

La vraie distinction

Or, dans les faits, les deux chefs visent chacun à soi-disant « remplir les poches » des familles de la classe moyenne. M. Trudeau l’a fait avec son Allocation canadienne pour enfants. M. Scheer veut le faire avec une brochette de micromesures, dont la fin de la TPS sur les comptes d’électricité. Ce qui les distingue bien plus, me semble-t-il, est ailleurs.

Contrairement à Stephen Harper, Andrew Scheer est un conservateur avéré sur des questions sociales aussi sensibles que le droit à l’avortement et le mariage entre conjoints de même sexe. C’est précisément là que le « progressisme » de Justin Trudeau pourrait se démarquer fortement.

En Ontario et au Québec, les deux provinces-clés d’une victoire majoritaire, les positions du chef libéral sur ces questions sont aussi nettement plus en phase avec une part substantielle de leur population. À surveiller.