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Fitzgibbon, le banquier en chef

Investissement Quebec
Photo d'archives, Simon Clark Le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon

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Avis à tous les propriétaires et actionnaires de contrôle des entreprises québécoises. Si vous avez besoin d’une aide financière de la part du gouvernement Legault, un nom à retenir : Pierre Fitzgibbon.

Le ministre de l’Économie et de l’Innovation est l’homme clé pour vous ouvrir toutes grandes les portes.

 

  • Michel Girard était à l’émission Politiquement incorrect sur QUB radio:

 

Grâce au projet de loi no 27 portant sur l’organisation gouvernementale en matière d’économie et d’innovation, Pierre Fitzgibbon devient le banquier en chef de l’aide gouvernementale aux entreprises. Et son principal bras financier, Investissement Québec, est appelé à jouer un rôle de plus en plus grand.

Le gouvernement Legault ne lésine pas sur les moyens financiers, alors qu’il a bonifié le capital-actions d’Investissement Québec de 1 milliard de dollars, le portant ainsi à 5 milliards $.

De plus, il a mis en place une nouvelle enveloppe de 1 milliard $ pour « mieux accompagner » la croissance des entreprises et assurer la protection des sièges sociaux. Cette somme sera versée sous forme d’avance au Fonds de développement économique (FDE). Bien qu’il relève d’Investissement Québec, le FDE est directement financé par le ministère des Finances, qui lui a allongé en date du 31 mars 2019 la somme de 4,3 milliards $.

AVEC SON AMI

Le ministre Fitzgibbon n’est pas du genre à s’enfarger dans les fleurs du tapis. Il est direct et sans gêne. À preuve. En dépit des fonds publics payés à une firme de chasseurs de têtes pour lui proposer une perle rare, M. Fitzgibbon a préféré recommander à François Legault de nommer, à la place de ladite perle rare, son ami, l’homme d’affaires Guy LeBlanc, à titre de président d’Investissement Québec.

Dans le cas des appels à l’aide financière des entreprises en difficultés financières, Fitzgibbon détient quasiment un droit de vie ou de mort.

Et dans le cas des offres de fusion et acquisition d’entreprises québécoises par des sociétés étrangères, il a la responsabilité de protéger les sièges sociaux contre les prédateurs.

Et si Pierre Fitzgibbon trouve que le prédateur a du sens, comme dans le cas d’Air Canada, il aura son appui.

C’est ainsi qu’à la suite du vote des actionnaires de Transat en faveur de son offre d’acquisition, Air Canada a reçu le « feu vert » du ministre Fitzgibbon. « L’offre d’Air Canada est une solution québécoise avec son siège social à Montréal, a-t-il tweeté. Air Canada s’est engagée à maintenir la marque et le siège social de Transat à Montréal. »

Le hic ? Le ministre Fitzgibbon, dans ce cas-ci, tourne les coins ronds. Dans le plan d’arrangement conclu entre Transat et Air Canada, on ne retrouve aucun engagement de la part d’Air Canada à maintenir la marque et le siège social de Transat !

LES CANARDS BOITEUX

Dans le carnet des canards boiteux, c’est le producteur de diamants Stornoway qui est en vedette cette semaine. Étant au bord de la faillite, la compagnie vient de se placer sous la protection de la loi sur les arrangements avec les créanciers.

Québec, par l’entremise d’Investissement Québec et de la Caisse de dépôt et placement, perd jusqu’à présent quelque 250 millions de dollars dans l’aventure de la mine diamantifère Renard de Stornoway, un projet phare du fameux Plan Nord de l’ancien gouvernement libéral.

Mais pas question d’abandonner le projet et les centaines d’emplois qui y sont rattachés. Québec a décidé de soutenir sa relance... et allongera des millions $ et des millions $ supplémentaires. À tort ou à raison, c’est ce qu’on verra dans quelques années.

Autre dossier de l’heure qui coûte une beurrée au gouvernement : la faillite de Groupe Capitales Médias, où Québec a englouti jusqu’à présent 15 millions $. Comme le Québec ne peut se permettre de voir disparaître des quotidiens d’information, le gouvernement Legault, avec Fitzgibbon en tête, essaie de trouver des solutions financières. À suivre...

La liste des canards boiteux secourus par Québec (gouvernement, Investissement Québec, la Caisse) au cours des dernières années est longue :

  • Ciment McInnis : lancée par la famille Beaudoin-Bombardier, la cimenterie de Port-Daniel-Gascons, en Gaspésie, a finalement été secourue par la Caisse, qui en a pris le contrôle.
  • La C Series, où Québec a injecté 1,3 milliard $ avant qu’elle soit cédée gracieusement à Airbus.
  • Bombardier Transport, où la Caisse a investi 2 milliards $ pour acquérir 30 % de la filiale de Bombardier.
  • SNC-Lavalin, dont l’action a fondu de plus de 70 % en 15 mois, faisant ainsi perdre à la Caisse plus d’un milliard $.
  • Nemaska Lithium, où Québec, en tant que principal actionnaire, a déjà englouti 130 millions $. Pour terminer son projet de mine et de transformation de lithium, il manquait en avril dernier quelque 375 millions $.
  • Etc., etc.

Jusqu’où le gouvernement Legault, et sur quels critères, va-t-il continuer à allonger des millions $, des dizaines de millions $, des centaines de millions $... dans la survie des canards boiteux du Québec inc. ?

En tant que banquier des fonds publics québécois, ce serait intéressant que Pierre Fitzgibbon réponde à cette question.