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L’aide médicale à mourir est-elle un suicide?

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Avant-hier, à mon émission quotidienne à QUB radio, j’ai interviewé un travailleur social qui fait du bénévolat pour le collectif Mourir digne et libre.  

Il me disait que lorsqu’un État offre l’aide médicale à mourir, on note une baisse du taux de suicide chez les gens qui souffrent d’une maladie dégénérative. 

«Mais l’aide médicale à mourir n’est-elle pas une forme de suicide ? lui ai-je demandé. Un suicide plus doux, moins cruel, plus humain, certes, mais une forme de suicide quand même.»  

«C’est pour ça que certains appellent ça un suicide assisté : on aide une personne à mettre un terme à sa vie.»  

ON JOUE SUR LES MOTS?  

Certains auditeurs m’ont écrit pour me dire que ma comparaison entre le suicide et l’aide médicale à mourir les avait choqués, mais je persiste et signe.  

Je ne suis pas contre l’aide médicale à mourir, bien au contraire.  

Je trouve que c’est faire preuve d’humanisme et de compassion que d’aider une personne en fin de vie à abréger ses souffrances.  

Mais cessons de jouer sur les mots et appelons un chat un chat : on aide une personne à mettre fin à sa vie.  

On devance son décès.  

On l’aide à choisir le moment de sa mort, avant que celle-ci n’arrive de façon naturelle.  

Dire que l’aide médicale à mourir participe à diminuer le nombre de suicides chez les personnes en fin de vie, c’est comme dire que l’augmentation des décès par accident d’automobile fait diminuer le nombre de décès par cancer.  

Non?  

Hier, la Cour supérieure du Québec a statué que l’aide médicale à mourir devra maintenant être accessible aux personnes dont la mort n’est pas prévisible.  

C’est-à-dire aux personnes qui souffrent, mais qui ne sont pas en fin de vie.  

Comme les gens souffrant de paralysie cérébrale.  

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Ou des quadriplégiques.  

Ces personnes ne sont pas condamnées. Si un médecin ne les aidait pas à abréger leurs souffrances en mettant fin à leur vie de façon douce et humaine, elles pourraient vivre — et souffrir, malheureusement — encore 20, 30, 40 ans.  

Vous allez me dire que dans leur cas, il n’est toujours pas question de suicide ?  

Si, oui, désolé, mais vous jouez sur les mots...  

D’un côté, on dit aux gens que le suicide n’est pas une option.  

De l’autre, on permet à des gens très malades de mettre fin à leur vie.  

Suis-je seul à trouver qu’il y a comme une contradiction?  

ET LES SOUFFRANCES PSYCHOLOGIQUES ?  

Vous me direz que ces gens souffrent de façon atroce.  

D’accord.  

Mais que dire des personnes qui souffrent de troubles mentaux graves? Elles aussi souffrent. Immensément.  

La plupart des spécialistes l’affirment : les souffrances mentales peuvent être aussi douloureuses et aussi insupportables que les souffrances physiques.  

On fait quoi, alors ? On leur offre aussi l’aide médicale à mourir?  

On permettra aux schizophrènes et aux dépressifs chroniques de mettre un terme à leurs souffrances... et à leur vie?  

Après tout, si on le fait pour les quadriplégiques, pourquoi pas pour eux?  

Suis-je seul à trouver que l’aide médicale à mourir pose des questions éthiques et morales extrêmement complexes?