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Le canard de Hongrie fait perdre des plumes aux producteurs québécois

Les importations en provenance de ce pays ont plus que doublé depuis cinq ans

Claude Trottier, PDG des Canards du Lac Brome, Sébastien Lesage, propriétaire du Canard Goulu, Robert Caswell, DG de Les Fermes Hudson Valley et Nikola Smatrakalev, DG de Palmex Inc se disent victimes de concurrence déloyale.
Photo Francis Halin Claude Trottier, PDG des Canards du Lac Brome, Sébastien Lesage, propriétaire du Canard Goulu, Robert Caswell, DG de Les Fermes Hudson Valley et Nikola Smatrakalev, DG de Palmex Inc se disent victimes de concurrence déloyale.

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Les producteurs de canards québécois craignent pour leur survie depuis l’arrivée de canards de Hongrie bon marché qui ne respectent pas les normes de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) selon eux.

« Pour nous, c’est une question de survie. On pourrait devoir fermer. Si ça continue comme ça, on n’aura plus de marché », s’inquiète Robert Caswell, directeur général de Les Fermes Hudson Valley, qui a une usine à Saint-Louis-de-Gonzague, en Montérégie.

Oiseaux qui ont encore leurs plumes, étiquettes louches... les producteurs de canards québécois mettent en doute la qualité des canards de Hongrie qui arrivent chez nous sans que l’agence fédérale d’inspection n’intervienne assez à leur goût.

Ces cinq dernières années, les importations de canards et oies de Hongrie au pays ont plus que doublé, passant de l’équivalent de 5,8 % de la production canadienne, en 2014, à 11 %, en 2018, une concurrence qui fait craindre le pire à nos PME.

Fermetures de sites

Depuis l’arrivée de ces oiseaux, Claude Trottier, PDG des Canards du Lac Brome, s’est fait gruger près de 25 % de parts de marché et a été obligé de fermer 6 de ses 15 sites.

« Comment voulez-vous que l’on compétitionne avec la Hongrie qui n’a pas les mêmes normes et qui paye ses travailleurs 3 $ l’heure ? », se demande-t-il, en mettant aussi en doute le bien-être animal dans ses usines.

À deux pas de lui, le directeur général de Palmex Inc. Nikola Smatrakalev renchérit.

« Ils sont de plus en plus féroces et agressifs en réduisant les prix de 30 %. Je ne vois pas comment on va s’en sortir », dénonce-t-il.

« On vit ça comme une injustice monétaire », soupire pour sa part Sébastien Lesage, propriétaire du Canard Goulu, près de Québec, qui existe depuis 22 ans.

Mauvais accord

Selon eux, l’Accord Canada-Europe ruine leur marché. « Eux rentrent ici, alors que nous on est incapables de nous rendre là-bas », regrette le patron des Canards du Lac Brome. Depuis 2010, le déficit d’exportation bioalimentaire québécois avec l’Europe a plus que doublé, passant de 760 M$, à 1,9 G$ aujourd’hui, déplore-t-il.

Jointe par Le Journal, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), s’est défendue d’être plus permissive envers les étrangères. Visites d’usines, inspections d’abattoirs, enquêtes, rappels... l’agence dit au contraire agir et rejette ces critiques.

« Quand on est au courant d’une cargaison qui ne répond pas aux normes, et que l’on voit des défauts majeurs, elle est refusée. On a refusé des cargaisons de canards de Hongrie », a expliqué son Gestionnaire national, Aliments importés, Daniel Burgoyne.