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Grève sociale, un rêve en couleur!

Grève sociale, un rêve en couleur!
Photo d'archives, AFP

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Je ne doute pas sur l’urgence climatique. Je ne considère pas les alarmistes comme des excentriques qui nous angoissent au point qu’il faudrait les faire taire. Je crois même qu’il faut manquer un peu de réalisme dans les solutions à mettre de l’avant pour freiner le réchauffement climatique. Toutefois, je suis convaincu, ici et ailleurs dans le monde, qu’un appel à la grève sociale au Québec n’aurait qu’un impact insignifiant sur nos dirigeants.

Mis à part Maxime Bernier et sa joyeuse bande d’ignares, à peu près tout le monde est conscient que l’activité humaine contribue dramatiquement au réchauffement climatique et à la dégradation de la planète. Les rapports scientifiques concluent pour la plupart à l’urgence d’agir et manifestent des inquiétudes encore plus grandes une année après l’autre face au laxisme des États. La fin de l’utilisation des énergies fossiles, des modifications dans nos modes de vie et la transition vers une économie moins dépendante de la consommation paraissent évidentes. Ces transformations se butent toutefois aux appels à un réalisme empreint d’une forte tendance à remettre à demain ce qui devrait être fait aujourd’hui pour ne pas bousculer ses habitudes personnelles. 

Le mouvement « La Planète s’invite au Parlement » veut profiter de la présence de Greta Thunberg à Montréal et espère élever la conscience et la responsabilité citoyennes en appelant à la grève sociale le 27 septembre prochain. L’objectif est noble, mais le concept de grève sociale a déjà fait long feu au Québec et il n’y pas d’évidence que ce sera mieux maintenant. Dans plusieurs pays d’Europe où le droit de grève est individuel et qu’un appel à l’exercer peut être fait en tout temps, le concept de grève sociale prend du sens et peut permettre de prendre la mesure de l’engagement citoyen face à de grands enjeux de société. Au Québec, le cadre rigide du Code du travail et la Loi sur les recours collectifs refroidissent passablement les élans de révolte ou de mobilisation. On peut déjà augurer qu’on retrouvera peu de travailleurs dans la rue le 27 septembre prochain et que même certains pourront s’offusquer des dérangements subis.

Pour les environnementalistes, il y a un sérieux défi à relever pour mobiliser les travailleurs à s’inscrire dans une transformation de notre économie. Les mineurs du charbon dans l’Ouest du pays et aux États-Unis ont contribué à élire des dirigeants qui leur promettaient la réouverture des mines. Les Albertains comptent sur le pétrole pour retrouver la fortune et honnissent tous ceux qui voudraient y mettre des entraves. Ce sont quelques exemples pour démontrer que la persuasion de nos États à eux seuls s’avèrera insuffisante si les citoyens ne partagent pas les enjeux.

Le 27 septembre sera peut-être un grand happening où les étudiants seront ravis de sécher quelques cours, les organismes communautaires contents de rayonner leur mission et quelques travailleurs syndiqués de ces organismes heureux de faire grève sans risque d’une plainte déposée par leur employeur. Toutefois, on peut douter que le grand changement de mentalité sera au rendez-vous alors que gagner son pain est trop souvent un besoin essentiel qui domine largement la sauvegarde de la planète.

Ultimement, l’avenir n’est pas dans une grève sociale, mais dans un vote social! La première priorité devenant l’adhésion des citoyens à des valeurs écologiques plutôt qu’une esbroufe pour nos chefs d’État interchangeables.