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«Héritage»: Misère, espoir, révolte et déception

«Héritage»: Misère, espoir, révolte et déception
Photo courtoisie, Caroline Laberge

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C’est une pièce troublante qu’offre le Théâtre Duceppe en ouverture de saison. Le texte percutant de l’auteure américaine Lorraine Hansberry (A Raisin in the Sun), écrit en 1959, prodigue toute une gamme d’émotions. De surcroît, Héritage fait franchement réfléchir.

D’emblée, la scène s’ouvre sur le modeste logement des Younger. La matriarche, Lena, récemment devenue veuve, y vit entassée avec sa grande fille, Beneatha, son fils aîné, Walter, sa bru, Ruth, et leur enfant, qui doit se résoudre à dormir sur le canapé, l’endroit étant trop petit pour que chacun puisse y vivre décemment.

Nous sommes dans un quartier défavorisé de Chicago dans les années 1950. À l’instar de la plupart des familles, des désaccords viennent assombrir leurs relations, néanmoins certaines valeurs les unissent.

Cette famille afro-américaine, qui peine à joindre les deux bouts, se compare constamment aux Blancs, aux riches surtout, et par leur propos on ressent un mélange de convoitise et de résilience, comme s’ils s’étaient résignés à ne pouvoir élever leur rang social. Mais une lueur d’espoir se dessine à l’horizon. Grâce à l’assurance-vie du père décédé, on attend la coquette somme de 10 000 $ (environ 100 000 $ aujourd’hui), ce qui permet de rêver et d’entrevoir l’avenir sous un meilleur jour.

Un coup de poing

Que fera-t-on alors avec cet argent ? Les idéaux sont différents. Lena veut une maison avec un jardin comme elle a toujours osé rêver en regardant sa plante d’intérieur grandir. Sa bru qui est enceinte d’un deuxième enfant non désiré souhaite aussi une maison et envisage de se faire avorter. Quant à Beneatha, elle souhaite poursuivre ses études universitaires et devenir médecin. L’argent ne suffit pas à combler les désirs de chacun.

Finalement, Lena achètera une maison dans un quartier blanc de Chicago. Rapidement, ils seront rattrapés par une dure réalité. Les Blancs ne veulent pas de Noirs comme voisins. Si la colère peut ici surgir en nous, car on s’attache aux Younger, il faut savoir que cette partie de la pièce est inspirée de la vie de l’auteure qui a vécu une situation semblable.

Outre quelques accrochages au niveau des répliques, l’ensemble de la distribution tire plutôt bien son épingle du jeu. Mais c’est surtout Mireille Métellus qui porte la pièce à bout de bras, qui se démarque. Quant au metteur en scène, Mike Payette, mis à part quelques longueurs, son travail est remarquable à la direction d’acteur. Sa pièce est campée dans un univers très réaliste qui apporte une belle authenticité.

Certes, on peut féliciter cette production pour avoir mis de l’avant le talent d’acteurs noirs. On peut également apprécier ce texte qui permet de réaliser que, peu importe que l’on soit blanc ou noir, les idéaux sont les mêmes pour les Américains de cette époque. Mais faut-il rappeler qu’il y avait et qu’il y a encore aujourd’hui des Blancs pauvres qui souhaitent se hisser au sommet, sans jamais y parvenir.

La plupart des spectateurs éprouvaient de la compassion pour cette famille. N’aurait-il pas été possible d’avoir un personnage blanc dans cette pièce, qui aurait pu aussi éprouver de la sympathie envers les Younger ?


Héritage à l’affiche au Théâtre Duceppe jusqu’au 5 octobre.