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Le temps des pirates

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Juste au cas où, Cuba se prépare au pire, à la venue d’un nouvel ouragan, d’une énième tempête tropicale, mais qui n’a rien à voir, cette fois-ci, avec les actuelles conditions climatiques. Ici, on en a vu d’autres et on est en mesure de parer au pire, surtout que ça fait soixante ans que le blocus illégal imposé par l’empire américain existe et oblige tout un peuple à vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes.   

Ce qu’il y a de nouveau aujourd’hui, c’est que les États-Unis tentent de couper l’approvisionnement en pétrole à l’île socialiste. Pour la punir, entre autres, de son appui inconditionnel au Venezuela et au gouvernement légitime de Nicolas Maduro. Et , jusqu’à maintenant, le pétrole venait de ce pays, pas très loin des côtes cubaines, alors on tente d’empêcher l’arrivée de pétroliers qui transportent le précieux liquide permettant de faire tourner l’économie. Une nouvelle forme de piraterie sans que personne, ni l’ONU ni les pays qui s’opposent généralement au blocus économique et commercial contre Cuba, puisse apparemment y faire quelque chose. Nous voilà revenus au temps de la grande piraterie.   

Le président cubain, Miguel Diaz-Canel, flanqué de trois ministres, Énergie, Transports et Économie, a pris la parole pendant une heure trente mercredi soir pour expliquer à la population les mesures que son gouvernement entendait prendre pour contrer la guerre économique intense qu’entend livrer le gouvernement Trump avec le renforcement du blocus contre Cuba. Il a fait appel à la solidarité et a tenté de rassurer ses concitoyens. S’il y a des coupures de courant, elles seront de courte durée et ciblées. L’approvisionnement en gaz naturel sera maintenu. Et priorité sera donnée au transport des denrées alimentaires.    

Il a exhorté ses concitoyens à économiser l’énergie électrique et a invité les conducteurs d’automobile du secteur étatique à faire monter à bord les usagers des transports publics. Car, il est évident que pour un temps, les autobus et les différents services de taxi seront affectés par le rationnement du précieux diésel. Nombreux étaient ceux, ce jeudi matin, qui affirmaient qu’ils allaient ressortir leur bonne vieille bicyclette comme au temps de la «période spéciale», lorsque le camp socialiste s’est démembré.    

Cette nouvelle période conjoncturelle va-t-elle durer longtemps? Le président Diaz-Canel a affirmé, pendant cette émission spéciale de la Mesa redonda (Table ronde), qu’un pétrolier devait arriver à Cuba dans quelques jours, mais qu’il ne pouvait préciser, pour des raisons évidentes de sécurité, sa provenance. D’autres livraisons de diésel doivent avoir lieu en octobre. On en est rendu à devoir jouer au chat et à la souris avec les États-Unis, ce pays qui veut contrôler le monde même si ce monde lui échappe de plus en plus. Le renvoi fracassant du faucon Bolton, qui en menait large au sein du gouvernement belliqueux de Trump, en est sûrement une preuve de plus.   

Quoi qu’il en soit, les Cubains se montrent confiants. Tout ce qu’ils ont construit depuis 1959, ils l’ont fait sur un pied de guerre et un pied de danse. S’il est une chose que les différentes administrations américaines ne semblent n’avoir jamais comprise, c’est que le peuple cubain est un peuple résilient, fier et instruit, conscient de son histoire passée et présente, qu’il est allergique à toute forme de chantage, qu’il ne courbera jamais l’échine, qu’il ne rendra jamais les armes, surtout après soixante ans de révolution. Livrer ce beau pays qu’ils chérissent tant en pâture aux Américains, jamais! « Patria o muerte! » ont-ils crié à l’unisson en guise de réponse aux nouvelles menaces de l’Empire.   

Mais il y a surtout une phrase de Diaz-Canel que j’ai retenue: «Il faut penser comme peuple.» Si on pouvait en arriver là au Québec, la moitié de notre combat serait gagnée.