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Peut-on parler de guenille?

Diane Dufresne, lors de son spectacle avec l’OSM, mardi.
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits Diane Dufresne, lors de son spectacle avec l’OSM, mardi.

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Je suis confuse. Pouvez-vous m’aider à comprendre : est-ce que c’est correct de parler des vêtements d’une femme... ou pas ?

J’ai entendu et lu plusieurs critiques du spectacle symphonique de Diane Dufresne et toutes mentionnaient dans le moindre détail sa tenue en gris et noir, en prenant soin de préciser que c’était une création de Marie Saint Pierre.

Bianca Andreescu trône avec son trophée au sommet du Rockefeller

Center de New York après sa victoire à l’US Open et on a le droit à plein d’articles sur... sa robe noire dénudant ses épaules de la collection automne-hiver de Marie Saint Pierre. Pourtant, ces mêmes critiques sont outrées quand on parle des vêtements d’une chanteuse dans un gala ! Décidez-vous : soit c’est correct, soit c’est horrible de commenter l’allure vestimentaire d’une femme qui réussit.

DÉCHIRER SA CHEMISE

Quand on parle des vêtements de Safia Nolin ou de Klô Pelgag, on se fait répondre : « Parlez plutôt de leur musique, on s’en tape de leurs vêtements »... par les mêmes personnes qui nous parlent des tailleurs de Diane Dufresne.

Céline Dion sera en spectacle mercredi (le 18) au Centre Vidéotron. Pensez-vous sérieusement, deux minutes, que l’on ne va pas commenter de long en large ses 1001 changements de vêtements ?

C’est normal !

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Il faut arrêter d’être hypocrites et de penser que « c’est donc ben effrayant de commenter le linge des pôvres petites femmes ». Il n’y a rien de sexiste là-dedans.

« C’est scandaleux, on ramène toujours les femmes aux vêtements qu’elles portent », entend-on régulièrement dans le discours des féministes... qui parlent des deux côtés de la bouche. Car quand une artiste originale et excentrique ou une sportive fabuleuse porte des vêtements d’une designer chouchou, elles nous pondent des textes complets. On se plaint que les femmes en politique se font commenter leurs vêtements, on se plaint que les femmes qui couvrent la politique ne se font pas prendre au sérieux... Mais quand Justin Trudeau est accompagné de sa femme pour le déclenchement des élections, on lit partout : « Mon Dieu, qui a fait la jolie robe rouge et bleu de Sophie ? »

C’est un réflexe naturel de commenter les vêtements d’une femme plus que ceux d’un homme. On va se le dire, à quelques exceptions près (PK Subban, José Gaudet, Master Bougaricci), les gars s’habillent avec des vêtements aussi plates qu’un jour de pluie.

Il faudrait se mettre d’accord : soit les vêtements des femmes sont un sujet de conversation tout à fait acceptable, soit on dénonce chaque fois que quelqu’un quelque part commente les vêtements d’une femme.

NE CACHEZ PLUS CE SEIN

Parlant de femmes et (d’absence) de vêtements, avez-vous vu la lumineuse Anick Lemay à la une du magazine Clin d’œil ? À moitié nue, la main sur son sein.

En février 2019, déjà, elle avait fait la une du magazine Elle Québec. Je l’avais trouvée « vivante et souriante ». Depuis, elle est revenue sur nos écrans dans L’Échappée, elle a publié son recueil de textes Le gouffre lumineux.

Mais poser à moitié nue à la une d’un magazine, après son cancer du sein, on ne pouvait pas imaginer un plus gros doigt d’honneur à la maladie.

Se mettre à nu pour une bonne cause, parfois ça a du bon.