/sports/opinion/columnists
Navigation

Joueurs autonomes: une nouvelle tendance

Mitch Marner était toujours sans contrat hier soir.
Photo d'archives, AFP Mitch Marner était toujours sans contrat hier soir.

Coup d'oeil sur cet article

Marc Bergevin a effleuré le sujet.

Le système des joueurs autonomes avec restriction risque de connaître plusieurs rebondissements au cours des prochaines années. Non pas parce que le directeur général du Canadien a lui-même osé déposer une offre hostile, mais bien parce que les joueurs et les agents semblent avoir trouvé un moyen pour donner la réplique.

Depuis toujours, les décideurs des formations de la Ligue nationale semblent vouloir respecter une loi non écrite. Pourquoi se tirer dans le pied en offrant des contrats à des joueurs qui, en principe, ne sont pas autonomes dans le vrai sens du mot.

Pourquoi ne pas les laisser poireauter ?

Parce que la parité l’oblige. Et, on l’admettra, la décision de Bergevin a écarté les allusions à une possible collusion entre les décideurs des différentes équipes de la LNH.

Donc, si une organisation veut grandir très rapidement, si elle a les ressources pour se conformer au plafond salarial, elle peut mettre à profit un système qui lui permet justement de prendre des risques.

Elle se laissera tenter par la possibilité d’accueillir un joueur de haut calibre au sein de son organisation. Certes, le prix sera élevé. Elle perdra assurément des privilèges au repêchage.

Mais si un joueur de 22 ans avec un curriculum vitae déjà bien attrayant est disponible, pourquoi ne pas tenter sa chance ?

Au cours des derniers jours, la rumeur voulant que les Maple Leafs de Toronto aient déposé une offre de contrat de 11 millions $ par saison pour les sept prochaines années sur le bureau des représentants de Mitch Marner a soulevé l’indignation chez les partisans. Marner a-t-il perdu la tête ? Pour qui se prend-il ?

Trois ans

Dans le clan de Marner, la rumeur veut qu’un contrat de trois ans soit l’objectif de l’ailier.

C’est maintenant la nouvelle tendance chez les joueurs vedettes. Marner pourrait amorcer une séquence de trois saisons qui le conduirait à une autonomie complète.

Lors de la dernière année précédant son statut de joueur autonome sans compensation, les Leafs (s’il porte toujours leurs couleurs) devront lui faire une offre qualificative, au moins égale au montant de la dernière campagne de son entente de trois ans. Qui plus est, Marner aura droit à l’arbitrage.

C’est ce qu’ont fait Timo Meier et Zach Werenski.

Kotkaniemi et Poehling

Marc Bergevin pourrait bien se retrouver avec un tel scénario avec Ryan Poehling et Jesperi Kotkaniemi. Ils compléteront en 2020-2021 la troisième année de leur contrat d’entrée dans la Ligue nationale. Au même titre que Marner, Patrik Laine, Brayden Point, Matthew Tkachuk et compagnie, ils pourront se prévaloir de leur statut de joueur autonome avec restriction.

Intéressant n’est-ce pas ?

La nouvelle tendance des contrats de trois ans veut que la dernière année soit toujours celle qui rapportera le plus au patineur. Pourquoi ? Parce que l’offre qualificative doit être égale ou mieux à la somme versée au hockeyeur lors de la dernière saison.

Et si jamais une formation décidait de faire une offre hostile à Mitch Marner, ne placera-t-elle pas les Leafs dans une situation précaire relativement au plafond salarial?

Déjà, selon le site internet Cap Friendly, Toronto n’a plus d’espace de manœuvre.

Il y a quelques semaines, Kyle Dubas, le directeur général des Leafs, claironnait que le club était pour égaler les offres que signerait Marner.

Or, hier, au début du camp d’entraînement de l’équipe, la question lui a été posée.

« Crains-tu qu’une offre hostile soit présentée à Marner ? »

« Le système le permet, a-t-il répondu en choisissant bien ses mots. Ce sont les règlements de la ligue, par conséquent, il faut s’y soumettre. »

« Allez-vous égaler l’offre si jamais ça se produit ? »

« On n’en est pas là. Si ça se produit, nous allons nous pencher sur la question, et ensuite nous prendrons les décisions. »

Début de saison sans lui ?

Voilà une réponse plus nuancée que celle de juillet.

Les Leafs peuvent-ils se permettre d’amorcer la saison sans Marner ?

Absolument pas.

Comme ce sera le cas pour Bergevin et le Canadien. Quand Kotkaniemi et Poehling auront droit à l’autonomie avec restriction, et si les deux joueurs se sont développés comme on le croyait, le Canadien pourrait-il débuter une saison sans les deux jeunes joueurs ?

Les séries avant tout

En principe, une organisation sportive ne devrait avoir qu’un objectif : le grand championnat.

Rien d’autre.

Mais doit-on condamner celles qui se fixent comme premier but à atteindre, les séries éliminatoires et après on verra bien.

Dans le contexte d’aujourd’hui, avec le plafond salarial, le partage des revenus, le repêchage, plus d’une trentaine d’équipes et un système basé sur la parité, n’est-il pas sage d’y aller étape par étape ?

La coupe Stanley, tout le monde y rêve.

On voyait un beau défilé à Tampa, le printemps dernier.

On pensait que Washington oublierait la politique de la Maison-Blanche pendant quelques semaines et célébrerait un autre titre des Capitals.

N’entretenait-on pas de grands espoirs à Winnipeg?

Les Bruins avaient également des ambitions bien particulières.

Plein d’obstacles

Mais, le chemin pour atteindre le podium est rempli d’obstacles. Le système ne favorise pas nécessairement l’équipe la mieux nantie. Il va couronner celle qui aura réussi, pendant huit semaines, à défier l’adversité... Une nuance importante. Les Blues ne l’ont-ils pas démontré clairement ?

Quand les directeurs généraux parlent avant tout des séries éliminatoires plutôt que de la coupe Stanley, c’est qu’ils savent très bien qu’une fois qualifié pour le tournoi printanier, rien n’est impossible. Les équipes repartent à zéro, elles sont 16 au lieu de 31, et deux semaines après le début de la compétition, quatre des clubs ayant terminé deuxièmes ou troisièmes dans leur division respective, auront rangé l’équipement.

Il s’agit de savoir franchir les étapes et surtout de ne pas mettre la charrue devant les bœufs...