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Alstom et Bombardier, même sapin

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Le PDG de la multinationale française Alstom, Henri Poupart-Lafarge, trouve inconcevable que la SNCF (Société nationale des chemins de fer français) et le gouvernement Macron puissent choisir des trains espagnols au détriment des trains français fabriqués à son usine alsacienne de Reichschoffen.

Dans la récente entrevue accordée au journal français La Tribune, le PDG d’Alstom affirme : « Si l’État décidait de commander des trains fabriqués en Espagne, ce serait son choix, mais cela enverrait un message très fort de défiance envers la filière ferroviaire française qui serait de facto affaiblie, avec un impact mécanique sur l’emploi en France. »

Il aurait été intéressant que le PDG d’Alstom fasse cette pertinente déclaration dans les jours qui ont précédé la décision de la Caisse de lui octroyer le fameux contrat des wagons du REM qu’il fait construire en Inde. Le grand patron de la Caisse, Michael Sabia, se serait peut-être gardé une petite gêne avant d’acheter les trains indiens d’Alstom.

QUELLE IRONIE DU SORT

Poupart-Lafarge risque donc de se faire passer le même genre de sapin que la Caisse de dépôt et placement du Québec a passé au PDG de Bombardier (Alain Bellemare) en décidant de choisir pour le REM les trains indiens d’Alstom au lieu des trains québécois fabriqués à La Pocatière.

Pourquoi Poupart-Lafarge avait-il décidé de se tourner vers l’Inde pour produire les 212 voitures du REM que la Caisse lui a commandées ?

« Les voitures dont il est question sont des véhicules spécifiques, et le centre de compétences se trouve en Inde. C’est pour cela que nous avons pris cette décision », avait-il expliqué lors de la conférence de presse du 12 avril 2018, où la Caisse lançait la construction du REM.

Et pour se déculpabiliser d’avoir préféré les trains indiens d’Alstom au détriment des trains de Bombardier, Michael Sabia avait renchéri en laissant entendre qu’aucune usine du Québec n’était suffisamment outillée pour construire le Réseau express métropolitain.

Bombardier a eu beau soutenir le contraire, ce fut peine perdue.

Revenons au contrat de la SNCF.

Poupart-Lafarge et ses 800 travailleurs de l’usine alsacienne ont encore une mince chance de s’en sortir puisque la décision finale de la SNCF sur le contrat de 1,2 milliard $ sera prise à la fin de septembre.

L’IMAGE DU REM INDIEN

En décidant de faire rouler sur son REM des wagons indiens au lieu des trains de Bombardier, la Caisse a fait preuve d’un manque flagrant d’appui à nos travailleurs de Bombardier Transport.

Pire encore. Avec son REM, la Caisse va faire la promotion mondiale des trains indiens d’Alstom, alors qu’elle est elle-même un gros actionnaire de Bombardier Transport, le grand compétiteur international d’Alstom.

Cette marque de confiance envers les trains indiens se fait évidemment au détriment des trains de Bombardier.

Mettez-vous à la place des pays qui vont vouloir se doter d’un REM à l’image de celui de la Caisse. Pourquoi opteraient-ils pour des trains de Bombardier alors que la Caisse, en tant que promoteur du REM, leur préfère des trains indiens d’Alstom ?

Faire rouler des trains indiens sur le REM que l’on finance à même nos impôts, nos taxes et notre bas de laine... Non, mais quelle gaffe !