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Ruth Ellen Brosseau: de risée à pilier de son parti

Fédérales 2019
Photo Guillaume St-Pierre Ruth Ellen Brosseau dans son comté alors qu’elle rencontrait des aînés.

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LOUISEVILLE | Un doux soleil d’automne se couche sur le paisible village de Saint-Édouard de Maskinongé, en ce jeudi de septembre. Dans le sous-sol de l’hôtel de ville, une centaine de membres d’un club d’âge d’or se mettent à table. Au menu : spaghetti, sauce bolognaise, salade césar et petit gâteau.

Une invitée aura droit à un repas spécialement conçu pour elle : ce sera lasagne sans viande pour la députée fédérale du coin, la néo-démocrate Ruth Ellen Brosseau.

« Ils savent que je suis végétarienne », dit l’élue de 35 ans.

La risée

La vague orange, c’est elle. Mme Brosseau a fait les manchettes d’un bout à l’autre du pays après son élection-surprise en 2011. Elle a été élue dans la circonscription de Berthier-Maskinongé, en Mauricie, sans jamais y avoir mis les pieds.

La mère monoparentale, qui travaillait à l’époque dans le milieu des bars et de la restauration à Ottawa, avait même passé quelques nuits à Las Vegas en pleine campagne.

Ces débuts houleux en politique semblent lointains. Aujourd’hui, dans sa région d’adoption, tout le monde connaît son nom. Dans la rue, on l’appelle le plus souvent tout simplement « Ruth ».

Ruth est partout, à longueur d’année. Elle est ce type de politicienne qui ne rate aucune occasion de sympathiser avec ceux qu’elle représente à Ottawa.

« Pour moi, c’était important de me faire connaître, de bâtir des ponts, dit-elle dans un excellent français, sa langue seconde. Je suis une députée de terrain, je veux être présente et j’agis comme une éponge. Je suis fière de voir où je suis rendue. »

Aucune garantie

Sa popularité ne lui garantit toutefois pas sa réélection. En tout cas, c’est ce que laissent présager les sondages, largement défavorables à son parti.

Mme Brosseau partirait même de très loin, en quatrième position, derrière les libéraux, le Bloc québécois et le Parti conservateur.

La candidate n’en fait pas de cas. « Moi, je m’en fous des sondages. Il y a eu des sondages en 2015 qui ont prédit que j’allais perdre. J’ai été élue avec 10 000 voix de majorité », laisse-t-elle tomber.

Le NPD traverse des moments difficiles. Son chef, Jagmeet Singh, n’a pas encore réussi à insuffler un regain de vie à son parti, après avoir survolé la course à la chefferie. Il connaît toutefois de bons moments en ce début de campagne.

Sur ses pancartes électorales, Ruth Ellen Brosseau n’a pas cru bon de lui faire une place. Avec ses signes religieux bien visibles, M. Singh traîne-t-il ses candidats québécois vers le bas ?

Mme Brosseau répond que non, mais ne souhaite pas s’éterniser sur la question. Elle enchaîne en évoquant son désir de mener une « campagne positive » et de parler « d’enjeux locaux ».

Nouvelle dynamique

Ruth Ellen Brosseau admet que la dynamique électorale a changé depuis 2015, alors que le NPD était aux portes du pouvoir.

Cette fois-ci, elle dit espérer l’élection d’un gouvernement minoritaire, afin de « forcer la collaboration entre les partis ».

La circonscription de Berthier-Maskinongé est l’une des plus vastes du Québec. Elle s’étend de Lavaltrie jusqu’à Trois-Rivières.

Berthierville, Maskinongé, Louiseville, Yamachiche forment un chapelet de villages le long du Saint-Laurent, où s’étendent à perte de vue les terres fertiles de centaines d’agriculteurs.

Sur ce vaste territoire, le nom de Ruth Ellen Brosseau évoque presque unanimement des sentiments positifs.

Tous, toutefois, ne lui accorderont pas leur vote.

Ruth Ellen Brosseau a installé l’un de ses bureaux de comté à Louiseville, une petite municipalité de 7500 habitants située à une trentaine de kilomètres de Trois-Rivières.

Claude Lacombe casse la croûte de temps à autre dans le restaurant Valentine situé en face des locaux de sa députée, qu’il croise régulièrement.

L’ancien président libéral de la circonscription sous Trudeau père a voté NPD en 2015.

Mais il compte retourner au bercail cet automne. Il n’a rien contre Mme Brosseau, au contraire. C’est l’idée de voter pour un parti qui a une chance d’obtenir le pouvoir qui le séduit.

« Elle travaille fort, mais elle n’a pas de budget », croit le retraité.

À quelques kilomètres de là, Michelle Baribeau est attablée avec des amis. Certains d’entre eux ont l’intention de rester fidèles à leur députée des huit dernières années. Mais pas Mme Baribeau.

« Je trouve que c’est une très bonne personne. Je n’ai rien contre elle. Mais ça va être plus difficile par rapport à son chef. S’il enlevait son turban, ce serait bien. J’ai voté pour elle en 2015. Là, je penche pour le Bloc », soutient la retraitée.

« Je reste ici »

Le comté de Berthier-Maskinongé, principalement agricole, a été l’un des plus touchés par les concessions accordées par le Canada à ses partenaires commerciaux à la suite d’ententes de libre-échange.

Guy Dessureault, de la Fromagerie Domaine Féodal, déplore avoir perdu des dizaines de milliers de dollars en raison des fromages européens qui entrent maintenant au pays, libres de droits de douane.

Il dit avoir trouvé chez sa députée fédérale une alliée. « Elle a vraiment gagné le respect des agriculteurs », souligne l’entrepreneur.

Gagne ou perd, Ruth Ellen Brosseau compte demeurer dans la région.

« J’ai rencontré l’amour, j’habite sur une ferme, avec des sangliers, des cerfs et des bisons. Je reste ici, j’ai pris racine, j’adore mon coin de pays », assure-t-elle.

« Je reste ici. »

Plusieurs se demandent ce qu’il pourrait rester de la vague orange après la présente campagne. Il se pourrait bien que la réponse à cette question soit : « Ruth ».

Autres candidats

Parti libéral du Canada

  • Christine Poirier

Bloc québécois

  • Yves Perron

Parti conservateur du Canada

  • Josée Bélanger

Parti vert du Canada

  • Éric Laferrière

Parti populaire du Canada

  • Luc Massé