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Le pouvoir québécois en danger

Le pouvoir québécois en danger
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L’engouement pour changer le mode de scrutin au Québec est peut-être la façon la plus pernicieusement efficace pour accentuer le déclin du pouvoir politique de la majorité francophone.

Même notre prudent premier ministre, François Legault, flirte avec cette idée que d’autres âmes envoûtées par cette mécanique défendent avec une ardeur pieuse. Pour le Parti québécois et ce qu’il en reste, pour Québec solidaire, qui y voit une façon d’augmenter sa députation, pour le Parti vert, qui souhaite verdir l’Assemblée nationale, la transformation du mode de scrutin est le nouvel eldorado politique.

Le Parti libéral du Québec, opposé à cette réforme du scrutin, devient, lui, louvoyant, ni pour ni contre, comme il le fait aussi au sujet du nationalisme. Le PLQ se cherche après que son chef Philippe Couillard l’a entraîné sur une voie de garage où ne loge pas une majorité francophone.

Promesse électorale

Le premier ministre Legault avait promis de déposer un projet de loi sur la réforme du scrutin dans la première année de son mandat. On peut être assuré qu’il respectera sa promesse. Il annonce un référendum sur la question, mais c’est un secret de polichinelle que dans son caucus la dissidence s’installe.

Ce qui est stupéfiant, c’est de voir les tenants de ce changement structurel, qui affaiblira le Québec, en faire une question de vie ou de mort de la démocratie.

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Les tenants de la proportionnelle rappellent que le PQ, en 1970, a obtenu 23 % des suffrages, mais n’a fait élire que sept députés. Avec 30 % des votes en 1973, le PQ s’est même retrouvé avec six députés. Ce que les défenseurs de ce chamboulement à venir taisent, c’est qu’en 1976, le PQ a été porté au pouvoir sans obtenir la majorité absolue. Cela prouve bien que le système actuel porte en lui ses propres correcteurs.

Frénésie

François Legault est un homme capable de retournements. Il peut admettre ses erreurs et c’est aussi pour cela que les citoyens ont confiance en lui. Il doit donc s’extraire de cette frénésie, qui s’est emparée de gens, certains de bonne foi, mais d’autres plus idéologiques, qui croient que la démocratie théorique est absolue.

Les Québécois doivent être conscients que la transformation du mode de scrutin en proportionnelle érodera la majorité francophone. N’oublions pas qu’en Amérique du Nord, seule la majorité francophone du Québec possède un pouvoir direct sur son gouvernement, qui est au service exclusif des Québécois.

Le système proportionnel a pour effet de multiplier les partis et donc complique l’avènement d’un parti majoritaire. On a l’exemple de l’Italie, en changement permanent de gouvernement, ou d’Israël, où le parti élu doit compter sur des partis religieux pour gouverner, avec les contraintes que cela pose.

Pour bien comprendre le danger de changer le mode de scrutin, il faut lire le remarquable essai de Christian Dufour, Le pouvoir québécois menacé. Avec brio, intelligence et passion, le politologue expose les risques d’atomisation politique du Québec. Pourquoi cette obsession de la proportionnelle, qui déchiquetterait notre majorité francophone déjà suffisamment divisée ?