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L’espionne qui aimait les livres

<b><i>L’annexe</i></b><br />
Catherine Mavrikakis<br />
Héliotrope, 248 pages.
Photo courtoisie L’annexe
Catherine Mavrikakis
Héliotrope, 248 pages.

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Sous couvert d’espionnage, Catherine Mavrikakis se livre à un jeu de piste littéraire qui a pour point de départ la cache de Anne Frank. À suivre absolument !

La narratrice de L’Annexe est une espionne de haut vol qui se promène entre Londres, Moscou, Tripoli. Une vie de sang-froid, où l’on ne s’attache ni aux lieux ni aux gens.

Anna ne se sent qu’une seule appartenance : l’annexe où Anne Frank et sa famille ont dû se retrancher à Amsterdam pour échapper aux nazis durant la Deuxième Guerre mondiale. Elle avait visité l’endroit à l’adolescence et ne cesse d’y retourner depuis, sensible au sort de la jeune juive, à son esprit de résistance aussi.

Mais les espions ne doivent pas développer des habitudes... Lors d’une de ses visites, Anna se rend compte qu’elle est suivie. La fuite s’impose, et l’organisation pour laquelle elle travaille s’en charge rapidement.

En brouillant les pistes, en lui couvrant les yeux dès que son avion atterrit à New York, on l’envoie vers une maison de protection. Mais une des gardes laisse échapper qu’elle profitera du voyage pour aller chez Schwart’s. Ce sera donc Montréal, comprend Anna.

Belle surprise puisque sa mère est Québécoise et qu’enfant, elle y a déjà visité ses grands-parents, rue Saint-Urbain. La petite Anna, abonnée des pensionnats suisses et délaissée par sa mère, avait gardé un souvenir puissant de la ville. Même sans la voir, l’idée d’y être de retour la réjouit et ravive son passé.

La maison où on la cache est par ailleurs si grande qu’elle n’est pas la seule à y avoir été envoyée. Huit autres pensionnaires l’entourent, soumis à la malicieuse direction de Celestino qui doit veiller à leur bien-être.

Curieux personnage que cet homme de 70 ans, fou de littérature. Son débit incessant et érudit ranime d’autres souvenirs chez Anna : celui du temps où elle faisait des études littéraires et la joie que cela lui apportait... Méfiance, ce type sait trop bien la toucher !

Duel littéraire

Mais il y a si peu à faire quand on est enfermée. En plus, de vastes bibliothèques meublent l’appartement. Alors Anna succombe, rebaptisant ses compagnons d’infortune du nom des êtres de fiction à qui ils lui font penser, revisitant des œuvres où les personnages sont enfermés et se livrant avec Celestino à un éblouissant duel de références littéraires.

Jamais toutefois on ne perd de vue que la petite troupe est menacée de mort par des inconnus, peut-être même présents dans l’annexe. La promiscuité incite à se dévoiler et c’est un grand danger, même pour une femme aguerrie comme Anna.

Tout ce mélange donne un récit brillant, tout à l’honneur de Catherine Mavrikakis qui a à son actif une quinzaine de romans et d’essais. Avec L’Annexe, elle nous tient en haleine autant intellectuellement que dans la pure veine du polar – de Tourgueniev à Agatha Christie !

Surtout, l’icône qu’est devenue Anne Frank nous est rendue tangible, vivante. Et c’est vibrant d’humanité.