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Dans le tourbillon de la Folie

Victoria Mas
Photo courtoisie Victoria Mas

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Victoria Mas, qui est la fille de la chanteuse Jeanne Mas, entre dans la danse avec un premier roman à lire sans faute.

La rentrée littéraire nous réserve toujours quelques belles surprises. Et cette année, on a surtout été enchanté par Le bal des folles, le premier roman de Victoria Mas. Ou, pour être plus exact, son premier roman à avoir été publié.

« J’ai vraiment commencé à écrire à 18 ans, explique la jeune autrice, qu’on a pu joindre au téléphone fin août. J’ai lu L’amant de Marguerite Duras et ç’a été mon épiphanie personnelle. Sous le choc de cette écriture grandiose et fascinée par la vie de cette femme, j’ai moi aussi voulu être écrivaine. Alors j’ai écrit des manuscrits, je les ai envoyés dans des maisons d’édition et ils ont tous été refusés parce qu’ils n’étaient pas très bons. Ç’a été 10 ans d’apprentissage et de remises en question. Je me disais que j’allais y arriver, qu’il fallait juste que je m’améliore et que je me laisse le temps de mûrir... »

Les oubliées de l’Histoire

À l’aube de la trentaine, alors qu’elle accompagnait un ami qui s’était cassé le pied en faisant du trampoline, Victoria Mas s’est ainsi retrouvée à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, dans le 13e arrondissement de Paris. « J’ai préféré l’attendre à l’extérieur et je me suis promenée, ajoute-t-elle. Je me souviens avoir été interpellée par les lieux, qui sont immenses, et m’être dit : “Tiens, il a dû s’en passer des choses ici !” Par simple curiosité, j’ai lu l’historique de l’hôpital et j’ai découvert les travaux de Charcot sur l’hystérie, les cours d’hypnose publics et le bal des folles. J’ai gardé un peu tout ça en tête et j’ai décidé d’approfondir pour parler de ce bal des folles dont presque personne n’avait entendu parler, puis comprendre qui étaient ces femmes qui n’avaient pas eu de voix à l’époque. »

<b><i>Le bal des folles</i></b><br />
Victoria Mas<br />
Aux Éditions Albin Michel, 256 pages.
Photo courtoisie
Le bal des folles
Victoria Mas
Aux Éditions Albin Michel, 256 pages.

Autant commencer par le plus facile, à savoir ce curieux bal des folles. En 1885, le célèbre neurologue français Jean-Martin Charcot a eu l’idée d’organiser un bal costumé entre les murs de la Salpêtrière pour égayer ses patientes, certes, mais surtout pour divertir la bourgeoisie parisienne. En effet, quoi de plus amusant et excitant que de pouvoir voir de près toutes ces folles grimées et déguisées ? On se battait donc pour y assister, et le temps d’une soirée, les aliénées de Charcot n’étaient plus considérées comme des pestiférées.

Touchée par ces femmes dont le destin a été occulté des manuels d’histoire, Victoria Mas a ensuite fait beaucoup de recherches sur elles afin de les intégrer à son Bal des folles. « Je dois dire que leurs photographies, qu’on peut facilement trouver, m’ont choquée, précise-t-elle. Je regardais ces membres contractés, ces figures un peu tordues, ces visages désespérés et je me demandais si c’était lié à leurs troubles ou si c’était la conséquence d’un enfermement abusif. Les méthodes de traitement m’ont également mise très mal à l’aise. On a par exemple essayé de les traiter avec des compressions ovariennes... »

Ces femmes qui dérangent

S’inspirant de femmes qui ont réellement existé et passé une partie de leur vie à la Salpêtrière, Victoria Mas met en scène quatre personnages féminins : Louise, une ado de 16 ans atteinte d’hystérie sévère que Charcot utilise très fréquemment dans ses cours d’hypnose publics ; Thérèse, la plus ancienne des aliénées et aussi l’une des seules à s’être relativement bien adaptée aux conditions d’enfermement de l’hôpital ; Eugénie Cléry, une jeune femme conduite de force à la Salpêtrière par son propre père parce qu’elle a eu la malchance de naître avec des dons de spirite ; et Geneviève Gleizes, l’intendante chargée de veiller sur le bien-être de toutes ces patientes qui, beaucoup trop souvent, n’ont pas été enfermées pour des raisons de santé, mais pour des raisons morales.

« Mon plus grand défi a donc été de tenter au mieux de rendre réel, palpable et juste ce Paris de l’époque que je n’ai évidemment pas connu sans tomber dans le pathos. C’est pour ça que je ne suis pas partie du point de vue d’une patiente. Pour éviter tous les “oh, c’est triste !” et ne pas faire quelque chose de trop pitoyable. »