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Viser juste

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Il semble bien que mon texte sur les professeurs du secondaire a visé juste. 

Résumons les deux points essentiels du texte: 

1) Les titulaires de maîtrise dans certaines matières devraient avoir le droit d’enseigner au secondaire, en ayant suivi quelques cours en pédagogie. 

2) Les professeurs du secondaire qui sont passés uniquement par un diplôme d’enseignement au secondaire manquent de formation adéquate quant au contenu. 

Il se trouve que les titulaires de maîtrise ont le droit d’enseigner à l’université et au cégep. Pourquoi n’ont-ils pas le droit d’enseigner au secondaire, avec quelques cours de pédagogie? Mystère. 

En se penchant sur les cours offerts dans des programmes d’enseignement au secondaire d’une université connue, on découvre des faits troublants sur la formation des professeurs du secondaire. 

Par exemple, dans la concentration en enseignement des mathématiques, le programme n’exige que 24 crédits en mathématiques. 

En concentration d’enseignement du français, le programme ne demande que 18 crédits en littérature comme telle. 

Les programmes de concentration en sciences humaines ont un peu plus de contenu sur la matière enseignée, soit l’équivalent de deux années d’un baccalauréat en histoire et géographie. 

Sauf que les diplômés de maîtrise en mathématiques, en littérature française, en sciences, en histoire ou en géographie, ont cumulé environ 135 crédits dans la matière où ils se sont spécialisés. Ceci représente autour de cinq années d’études dans une matière.  

Les diplômés de maîtrise qui se sont spécialisés dans une discipline enseignée au secondaire connaissent donc beaucoup mieux cette matière que les professeurs qui sortent de l’université avec un simple diplôme en enseignement au secondaire. 

Je ne dis pas que seuls ceux qui possèdent une maîtrise dans les matières enseignées au secondaire devraient pouvoir y enseigner. Ceux qui possèdent un baccalauréat dans ces matières et qui suivent quelques cours de pédagogie devraient aussi pouvoir le faire. 

Mais si tel était le cas, à quoi serviraient les programmes de formation en enseignement au secondaire? Ils deviendraient une courte formation supplémentaire, utile pour enseigner au secondaire. C’est ce qu’ils devraient être.  

Contrairement à ce que certains peuvent croire, je ne méprise pas la pédagogie. Mais je pense que les étudiants en enseignement au secondaire reçoivent beaucoup trop de cours en pédagogie. Ils devraient suivre davantage de cours dans la matière qu’ils enseigneront. 

Le manque de contenu et de maîtrise du contenu provoque de l’ennui chez les élèves, et quand les élèves s’ennuient en classe, bien des problèmes surgissent. 

Le fond du débat 

Le fond du débat est simple. Les gens qui dénoncent mes propos sur l’éducation s’imaginent que la formation en pédagogie est autant, sinon plus importante que le contenu.  

Cette conception est erronée. Le contenu est plus important que la pédagogie. Sans quoi à l’université les cours seraient dispensés uniquement par des diplômés en pédagogie. Ce n’est pas le cas. Le contenu est tellement important qu’à l’intérieur d’une même spécialité, les professeurs sont confinés à n’enseigner que quelques cours différents. Le même type de logique prévaut au cégep. Mais au secondaire, cette logique cesse de s’appliquer. Pourquoi? 

Les cotes R 

J’ai aussi écrit que les étudiants qui entrent dans les programmes de formation des professeurs au secondaire sont des queues de classe. Les cotes R qui sont affichées pour ces programmes varient, sauf erreur, entre 20 et 23. Pourtant, je ne crois pas que la cote R soit vraiment révélatrice de la performance ultérieure des étudiants à l’université et dans leur profession. Il vaudrait mieux qu’elle n’existe pas. Mais il faut bien admettre que les programmes en enseignement au secondaire sont loin des cotes R entre 30 et 35 qui sont exigées pour entrer dans les programmes les plus contingentés. Je souhaiterais que la profession de professeur au secondaire attire les meilleurs candidats. Ce n’est pas le cas, même si, bien évidement, certains professeurs du secondaire ont été parmi les meilleurs élèves.  

Si le gouvernement du Québec offrait de meilleures conditions à ses professeurs, tant au plan salarial que normatif, la profession serait certainement plus attrayante.  

Pas des insultes 

Certains professeurs du secondaire se sont sentis insultés par mon précédent blogue. Ils ne devraient pas. Je veux bien reconnaître que la formulation était parfois malhabile et qu’elle pouvait sembler insultante. Ce n’était pas mon intention. S’ils se sont sentis insultés, qu’ils reçoivent mes excuses. 

Mais sur le fond je persiste: la formation des professeurs du secondaire est beaucoup trop centrée sur la pédagogie et pas assez sur le contenu. Et oui, j’attaque les programmes de formation en enseignement au secondaire et leur mainmise extrême sur la profession de professeur au secondaire. 

Si des professeurs du secondaire devaient être choqués, c’est contre cette formation qu’ils ont reçue.  

De nombreux problèmes accablent le système d’éducation. Il n’appartient pas qu’aux pédagogues d’y réfléchir. Tous les citoyens peuvent critiquer les services qu’ils paient avec leurs taxes et proposer des solutions. Dans une société libre, il n’existe pas de monopole de la parole, ni en éducation, ni sur d’autres sujets.