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La chair à quorum

La chair à quorum

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La CAQ a fait élire 75 députés. En excluant les ministres et les officiers, il y a une quarantaine de députés d’arrière-ban à l’Assemblée nationale. Comment faire pour garder tout ce beau monde heureux?  

Certains sont président ou vice-président de commission ou adjoint parlementaire. Je ne dis pas ça pour être méchante, mais pouvez-vous me nommer UN adjoint parlementaire? Savez-vous ce que fait un président de commission? De séance? 

Bien que la plupart des députés gouvernementaux ne vous l’avoueront pas, ils sont déçus de ne pas avoir de limousine. La mathématique politique apporte ses impératifs régionaux et de parité. 

Prenons Donald Martel, bon soldat, qui a vu plusieurs députés de comtés voisins nommés dans des fonctions intéressantes et qui se retrouve adjoint parlementaire avec le dossier des zones d’innovation. Peu d’exposition médiatique, peu de choses à livrer dans les prochains mois, le monsieur n’est pas content. 

Il est aussi normal de croire que Ian Lafrenière et Youri Chassin se voyaient ministres. Candidats vedettes, ils doivent maintenant prendre leur mal en patience sur les banquettes arrière. Et la fenêtre des remaniements ne s’ouvre pas souvent... Qui pourrait perdre sa place quand le jour arrivera?  

C’était un peu triste de voir Nathalie Roy perdre des responsabilités devant le Québec en entier il y a quelques semaines. Elle avait beau dire que tout cela était prévu, je n’en crois rien. Mais c’était encore plus dur de croire Claire Samson qui faisait des entrevue la semaine passée pour dire qu’elle était hop la vie.   

Il serait politiquement difficile pour François Legault de dégommer une deuxième femme, après avoir poussé MarieChantal Chassé loin des scrums

L’autre maillon faible, Lionel Carmant, était en vedette dans un article de L’actualité publicisant le fait qu’il avait fallu lui envoyer des renforts pour pallier ses faibles aptitudes de communications. Dans mon livre à moi, ça sonne comme si on lui disait: «Ok Lionel, c’est ta dernière chance.» On veut montrer au monde qu’on aura tout fait pour aider ce pauvre bougre. Mais, malgré que tout le monde semble l’adorer à l’interne, il est à risque de libérer une place.  

Une fonction à revaloriser 

C’est dommage de penser que de représenter des électeurs d’une circonscription soit considéré comme décevant pour des élus, mais le sort réservé aux députés qui ne sont pas ministres du parti au pouvoir est particulièrement désolant.  

Être député dans un parti d’opposition est à peu près 1000 fois plus intéressant! Tu as un dossier à toi. Tu fais des points de presse, des entrevues. Tu poses des questions aux ministres. Tu as la chance de montrer ce que tu sais faire.   

Un député d’arrière-ban n’a que très peu de visibilité nationale. Pas de point de presse, pas d’entrevues. Il vote des lois et des motions, et dans nos conventions parlementaires, la discipline de parti est presque totale, il n’y a aucun rebondissement, aucune négociation. Il pose des questions complaisantes scriptées lors de l’étude des crédits. C’est plate sur un moyen temps... 

De la chair à quorum. 

Bien sûr, les conditions de travail sont pas mal... mais comment pourrait-on mettre ces députés en valeur? Les propositions pour revaloriser le rôle du député ont été nombreuses ces dernières années: instaurer le vote libre, réformer le mode de scrutin, accroître les responsabilités des élus, etc. etc. Sylvain Pagé et Léo Bureau-Blouin, pour ne nommer que ceux-là, ont contribué à ces propositions.  

De mon point de vue, on devrait surtout mettre les députés d’arrière-ban au travail. Par exemple, Ian Lafrenière travaille sur sa commission spéciale sur l’exploitation sexuelle. Il est en charge de son dossier et en est le porte-parole dans les médias. Un autre exemple de député actif est Christopher Skeete qui vit une situation spéciale puisque le responsable des relations avec la communauté anglophone a toujours beaucoup de travail et d’entrevues. Le député de Beauce-Sud, Samuel Poulin, est très actif avec son dossier de la jeunesse.  

Jusqu’ici tout va bien 

La CAQ est au zénith de sa lune de miel avec le Québec. Les gens sont contents, les sondages sont bons, les députés caquistes reçoivent des poignées de main fermes et chaleureuses partout où ils vont. Les coffres étant pleins, les députés sont capables d’aller chercher des annonces pour les comtés. Dans ces conditions, il est plus facile de garder ses élus heureux.  

Jean Charest était connu pour prendre soin de son caucus. Il prenait des nouvelles de chacun de ses députés. Il les consultait, les appelait, les impliquait. Vous aurez remarqué que même quand son gouvernement était pris dans des histoires d’éthique, jamais les rangs ne se sont défaits. Il avait gagné leur loyauté. 

Philippe Couillard avait quant à lui la réputation contraire. 

Le défi de François Legault sera d’investir dans sa relation avec son équipe. Mais c’est une responsabilité partagée avec ses ministres. Donner de la place à ses adjoints parlementaires, impliquer les députés dans des projets ou des annonces dans son comté; pour un ministre, il s'agit là d'une foule de petits gestes qui peuvent faire la différence le jour où, inévitablement, ça ira moins bien.