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Les cr**** de folles

Quand on œuvre dans le domaine de la politique, on ne peut que constater combien de nombreux préjugés à propos des femmes au pouvoir sont, en fait, personnifiés au quotidien.

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a présenté ses excuses dans le dossier de ses employés congédiés lors d'un point de presse à l'Assemblée nationale, le mercredi 11 septembre 2019.
CAPTURE D'ÉCRAN TVA NOUVELLES/AGENCE QMI
TVA NOUVELLES/AGENCE QMI La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a présenté ses excuses dans le dossier de ses employés congédiés lors d'un point de presse à l'Assemblée nationale, le mercredi 11 septembre 2019. CAPTURE D'ÉCRAN TVA NOUVELLES/AGENCE QMI

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En suivant la saga des « congédiements » de Geneviève Guilbault la semaine dernière, je me suis surprise à me dire que plus ça change, plus c’est pareil.  

Quand on œuvre dans le domaine de la politique, on ne peut que constater combien de nombreux préjugés à propos des femmes au pouvoir sont, en fait, personnifiés au quotidien.      

On n’en parle pas, mais on se comprend  

C’est un classique, quand les employées politiques, anciennes ou nouvelles, se rencontrent, on se demande rapidement comment étaient (ou sont encore) nos madames. On échange sur les styles de gestion, les caractères, les exigences, les qualités, mais aussi les défauts. Inévitablement, toutes les femmes que je connais qui ont servi dans des cabinets de ministres femmes en gardent quelques souvenirs pénibles, de l'adjointe à la directrice de cabinet en passant par les attachées politiques et les attachées de presse et ce, tous partis confondus.   

Je ne parlerai pas ici pour mes collègues masculins, parce que je pense que la donne est différente pour eux. Mais entre filles, et j'ai encore validé cette semaine, on se dit souvent que c’est plus facile de travailler avec des hommes qu’avec des femmes. Pourquoi ? Insérez ici votre préjugé favori et vous aurez sans doute un peu raison.    

Attention, on ne peut pas généraliser. Comme partout, il y a des bonnes patronnes et des mauvaises patronnes. C'est d'ailleurs aussi le cas pour les hommes ministres. Il y a des perles et des cailloux. Chez les dames, donc, toutes les ministres ont des caractères différents et toutes ne sont pas des tortionnaires. J’ai eu le privilège de servir sous différentes patronnes (toutes des femmes) et je peux énumérer les nombreuses qualités de chacune d’entre elles. D’ailleurs, c’est la moindre des choses de ne pas manquer de loyauté envers nos patrons et patronnes, même a posteriori.    

Mais quand on est entre nous, dans ce petit cercle qui a vécu l’intérieur de la politique, on a toutes un petit signe secret, un petit regard entendu, une sorte de poignée de main secrète qui signifie « Hey boy, hein? Toi aussi t’es passée par là? Elle aussi c’est une cr*** de folle? Je compatis. »    

C’est quoi leur problème ?  

Alors, qu’est-ce qui fait que certaines femmes au pouvoir ont tendance à devenir complètement zinzin? Est-ce que c’est la pression qui leur fait perdre la boule? Est-ce que c'est le pouvoir qui leur monte à la tête? Est-ce que c’est la volonté d’être «comme les hommes»? Est-ce que c’est le résultat d’une tentative de défaire le mythe de la femme sensible au profit de la main de fer pas de gant pantoute?    

Probablement un peu tout ça.     

Pire encore, il s'installe une espèce de compétition malsaine entre les ministres pour l'attention des médias et du premier ministre. Il y a également parfois une certaine jalousie envers leurs collègues et même leurs employées. On dirait qu'il existe chez ces femmes un gêne caché qui s'active quand elles accèdent au conseil des ministres et qui leur fait perdre la raison. Bizarrement, quand elles quittent le pouvoir, ça se replace.    

Mais il y a aussi une sorte d’omertà qui règne dans les cabinets et qui donne l’impression à ces patronnes qu’elles peuvent faire ce qu’elles veulent, sans conséquence. Les employés de cabinet, directeurs compris, savent trop bien que leur place est un privilège et qu’ils peuvent être remplacés sans difficulté. S’il est un emploi où il n’y a pas vraiment de pénurie de main d’œuvre, c’est bien celui d’attaché politique de ministre. Un travail plus qu’exigeant, souvent ingrat, méconnu et sous-estimé, mais ô combien grisant et convoité.    

Les emplois de cabinet sont des postes réservés aux convaincus, aux militants. Il faut l’être pour donner autant de temps et d’effort dans un emploi temporaire, risqué et reconnu uniquement par un cercle réduit de futurs employeurs. Un attaché politique réfléchi toujours à deux fois avant de crier au scandale, parce que la cause est presque toujours plus grande que l’individu. Alors quand ça dérape, on se la ferme.    

Quand une ministre dépasse les bornes, il y a peu de recours pour son personnel. T’es pas content ? Tu pars. C’est aussi simple que ça. Avec un peu de chance, tu seras recruté par un autre ministre, mais rien n’est assuré. C’est perçu comme le prix à payer pour participer d’aussi près à l’exercice du pouvoir.    

Mais on est en 2019. Les choses changent.     

Le personnel de QS est syndiqué (!!), la CAQ a trouvé son staff dans les arrière-boutiques libérales et péquistes et les employés ne font plus face à un marché du travail saturé et sans perspective d’avenir. Après le #metoo des comportements sexuels, les comportements inacceptables en milieu de travail deviendront bientôt la cible de lanceurs d’alerte. Est-ce vraiment une si mauvaise chose ? En tout cas, les madames vont devoir se regarder sérieusement dans le miroir si elles ne veulent pas retrouver leur nom dans le journal.