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Ce café synthétique pourrait-il sauver la planète?

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Depuis 30 ans, notre consommation de café a plus que doublé sur la planète, mettant une pression énorme sur sa culture.

Au Canada, 72% de la population boit du café tous les jours.

«C’est la boisson que l’on consomme le plus au Canada après l’eau», explique le professeur en distribution et politiques agroalimentaires de l’Université Dalhousie, Sylvain Charlebois.

Ça veut dire que si vous buvez deux tasses de café par jour, vous aurez besoin des grains de 14 caféiers arabica pour subvenir à votre demande annuelle seulement.

Cette demande massive pour notre boisson favorite ajoute au problème préoccupant de la déforestation sur la planète.

«On sacrifie un peu de la forêt amazonienne pour produire plus de café», ajoute Sylvain Charlebois.

Déforestation

Les incendies de forêt en Amazonie ont choqué le monde entier au mois d’août dernier.

L’augmentation fulgurante des feux a provoqué une véritable prise de conscience globale sur la protection du poumon de la Terre.

Selon certains rapports, les incendies intentionnels afin de produire davantage de cultures caféières sont directement liés à la déforestation, rapporte Sylvain Charlebois.

L’Amazonie est capable d’emmagasiner de 90 à 140 milliards de tonnes de CO2, ce qui contribue à stabiliser le réchauffement climatique dans le monde, selon le Fonds mondial pour la nature (WWF).

Cette capacité d’absorption du CO2 chute en raison de la déforestation.

Est-ce que l’agriculture faite en laboratoire pourrait sauver, d’une certaine façon la planète?

Produit révolutionnaire

C’est la prétention d’une jeune «startup» américaine dont le produit semble être sorti d’un film de science-fiction: Atomo arrive à produire un café conçu en laboratoire, sans arbre, sans grains.

Leur café révolutionnaire n’est pas encore sur le marché, mais ils auraient presque terminé de peaufiner le goût précieux liquide.

«Moléculairement parlant, c’est du café! Ça goûte le café, tu le prépares comme du café! Après, nous pourrons arrêter cette déforestation, et faire quelque chose de génial pour la planète, explique Andy Kleitsch, président de la jeune entreprise. On a commencé à concocter notre produit dans le garage de Jarret. Après quelques mois dans le garage, en hiver, on a finalement obtenu une tasse de café qui était très de notre but.»

«Nous avons beaucoup craché de café pendant son élaboration!, ajoute Jarret Stopforth, son associé et chimiste, qui a fait énormément de recherche afin de créer le fameux café.

«Il y a vraiment eu un tournant où nous lui avons goûté et nous nous sommes dit: enfin, ça goûte vraiment comme du café!»

Ils comparent leur produit à une voiture électrique.

«Tu peux avoir une voiture à essence... ou une voiture électrique qui est meilleure pour l’environnement!», précise Andy Kleitsch.

Sans amertume

La première version de leur café sera douce, un café que tout le monde pourra aimer, même ceux qui n’aiment pas cette boisson. Nul besoin d’ajouter de la crème ou du sucre puisque l’amertume est peu présente, disent les créateurs.

Atomo a déjà amassé plus de 2,6 millions $ en financement, notamment des investisseurs de Spotify et Impossible Foods.

Les entrepreneurs sont bien conscients du fait que la production de café fait vivre près de 25 millions de familles autour du globe, et ne veulent rien leur enlever.

Ils affirment simplement proposer une alternative qui pourrait atténuer la déforestation, et par le fait même, aider à ralentir le réchauffement climatique.

«On ne veut pas empêcher les familles qui produisent le café d’arrêter ce qu’ils font. Nous aimons le café et nous aimons ces fermiers, ces communautés. La question est plus de savoir ce qu’ils deviendront lorsque leurs terres ne seront plus en mesure de produire de cultures caféière», précise le président d’Atomo.

Le public est-il prêt?

Les Canadiens sont-ils prêts à essayer aliment de ce genre créé en laboratoire? Un récent sondage omnibus mené par l'Université Dalhousie a révélé que 72 % d’entre eux ne consommeraient pas de café cultivé en laboratoire.

Pour les fondateurs d’Atomo, cette opinion risque de changer rapidement.

«Je pense que ce n’est pas surprenant. Si on avait demandé à ces personnes il y a quelques années s’ils étaient prêts à manger de la viande conçue en laboratoire, ils auraient sûrement eu une réponse semblable! Lorsqu’on leur montrera à quel point notre café est délicieux, à quel point il est bon pour l’environnement, la perception du public va changer très rapidement!», conclut Andy Kleitsch.

Le café moléculaire d’Atomo devrait être disponible en 2020 aux États-Unis, donnant le coup d’envoi à l’agriculture synthétique, qui pourrait annoncer une véritable révolution alimentaire.