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S'tassé les insultes

S'tassé les insultes
Photo d'archives Sébastien St-Jean

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Il existe une solution très simple pour résoudre le manque de main-d’œuvre dans les PME du Québec. Il suffit d’ouvrir les postes aux sans-papiers.   

Une vue aussi simpliste d’une situation nous permettrait sûrement de régler moult problèmes.      

Dans un texte burlesque intitulé Une pénurie artificielle de professeurs, mon collègue blogueur Loïc Tassé nous informe qu’il détient l’explication rationnelle à la pénurie de personnel en éducation.       

Selon lui, nous sommes les victimes d’une conspiration des méchantes universités, des étudiants ringards, des vieux enseignants et de leurs syndicats.      

Peut-être, mais j’hésite.       

C’est que, voyez-vous, les adeptes de la théorie du complot ont parfois des tendances mythomaniaques.       

Ça m’a fait réfléchir.       

Confessions  

Vous avez lu les confessions de Virginie Dostie-Toupin, une enseignante non légalement qualifiée ?       

« D’aucuns croient que leur propre expérience sur les bancs d’école leur donne de facto une certaine compétence pour critiquer le système d’éducation, voire pour y enseigner. J’en étais.      

Dans la foulée, nous reprochions aux enseignants de manquer de culture générale. Nous évoquions les abus technologiques en milieu scolaire. Nous critiquions en chœur les programmes universitaires qui forment la relève enseignante en se concentrant à outrance sur la psychopédagogie et la gestion de classe. En outre, nous étions persuadés que nos formations universitaires respectives nous permettraient de transmettre gaiement notre grand bagage de connaissances à de petits esprits curieux.      

Nous avions tout faux. »       

Médisance ou calomnie  

Vous croyez que je suis « fru » parce que monsieur Tassé insulte les enseignants qui n’ont qu’un bac de 4 ans ?       

Pas vraiment.       

J’ai un bac en biologie, un certificat de pédagogie pour l’enseignement secondaire et une maîtrise en administration et évaluation en éducation.      

Bref, son délire fait mon apologie.      

Là n’est pas la question.      

Quand l’automne revient, reviennent aussi les éternelles critiques de l’école. Honte annuelle récurrente et dénigrement d’une de nos plus grandes richesses.       

Je suis exaspéré qu’un énième chroniqueur crache sur nous. Tel le gourou d’une secte, il ligue ses disciples contre mes collègues.       

J’ai toujours le feu au derrière lorsque je lis les inepties d’un pseudo-expert en éducation.      

Est-ce qu’il existe vraiment une corrélation entre la qualité d’un enseignant et la qualité de son dossier collégial ?       

Sachant que la gestion de classe constitue la première cause du décrochage des enseignants, ne serait-il pas souhaitable d’équiper convenablement nos recrues ?       

Remplir la cruche  

Monsieur Tassé a une vision idyllique de l’enseignement au secondaire, probablement dû au visionnement trop fréquent du classique La Société des poètes disparus.  

Hé oui ! Cet enseignant passionné, maîtrisant sa matière, qui de par sa seule parole est capable d’élever ses élèves en les inondant de connaissances. Une croyance appartenant à une lointaine époque où l’on pensait que les élèves étaient des cruches à remplir.       

Il faut plus qu’une passion pour sa matière.       

Notre profession exige aussi une passion pour la pédagogie. Quiconque ayant ce contact privilégié avec les adolescents comprend facilement que les stratégies d’enseignement sont les outils de travail les plus utiles pour le pédagogue.       

Mais, il faut d’abord et avant tout une passion pour la jeunesse. L’indispensable lien prof-élève nous rappelle que l’enseignement est une profession infiniment humaine. Cette passion pour l’humain nous pousse à offrir une formation intellectuelle, culturelle, citoyenne et émancipatrice.      

Le noble but ? Faire « avancer » chacun de nos élèves, peu importe « l’endroit » où il se trouve.      

Merci  

Après mûre réflexion, je crois que j’adore le texte de M. Tassé.       

Je travaille fort dans le but de développer chez mes élèves quelques qualités : informé, sensé, intègre, réfléchi, ouvert d’esprit, communicatif, équilibré, etc. Comment ? En voyant l’école comme un lieu où la culture générale passe bien avant mon cours.      

J'utiliserai donc son texte afin de créer un moment privilégié d’apprentissage. Par exemple, je pourrai illustrer ce que sont les entraves au dialogue : généralisation abusive, attaque personnelle, fausse causalité, etc.      

Après tout, nous sommes là pour les éduquer. Autant que faire se peut, il faut les amener à réfléchir plutôt que de les encourager dans leurs niaiseries. J’aime à croire que nous devons être des exemples, des modèles.      

Vous savez, je suis papa et je suis enseignant. La bêtise, c’est mon quotidien. À la maison avec mes trois enfants et à l’école avec mes 125 élèves. Est-ce que j’ai un problème avec ça ?       

Non.       

J’ai le pardon facile avec les innocents.      

  

Ajout  

Si certains m’accusent de mal utiliser le terme « innocent », voici la définition du Petit Larousse:       

• Qui n'a pas commis l'acte délictueux ou condamnable dont on le soupçonne.      

• Qui n'est pour rien dans des événements néfastes dont il pâtit.      

• Dont l'ignorance des réalités de la vie, la candeur, la naïveté sont grandes.      

• Qui est un peu simple d'esprit ; niais.      

Dans le contexte de ce blogue, le terme innocent est utilisé au sens 3 des quatre définitions. Il est donc parfaitement approprié.