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Un chantier, c'est fait pour jouer

Un chantier, c'est fait pour jouer
Photo Louis-Philippe Messier

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Pendant que les parents s’exaspèrent d’un chantier qui s’éternise sur une rue près de chez moi, les enfants en profitent pour se fabriquer de beaux souvenirs. Des scènes de jeu libre «typiques des années 1980» s’y déroulent quotidiennement. 

Une douzaine de préados à vélo s’amusent à «sauter» grâce à une grosse butte de terre, à déraper dans la gravelle en freinant brusquement, à lâcher le guidon, etc. Pas de parents ou de surveillants. Pas de casques. Juste des enfants qui jouent et qui piaillent.

Leur spectacle me réjouit. Je me dis : «L’enfance n’est pas morte!» Et je passe à côté d’eux, invisible comme un fantôme à leurs yeux, tellement les voilà absorbés dans leurs manœuvres acrobatiques. Dommage que les travaux doivent se terminer bientôt. 

Lancer des cailloux

«Ici, tu peux lancer des cailloux autant que tu veux», ai-je annoncé à mon jeune fils l’autre jour dans ledit chantier de construction inactif en fin d’après-midi. Il a «lancé des roches» sans se lasser pendant près de trois quarts d’heure... et s'est interrompu seulement parce que je l’ai arrêté pour aller manger. 

Après la garderie, je le mène vers le parc. Parfois, on n’y parvient pas parce que les possibilités du chantier nous retiennent en chemin. Des tas de cailloux forment des montagnes que mon fils gravit, qu’il dévale en glissant. Des engins de construction servent de «modules». Une petite excavatrice sans habitacle fermé permet de s’asseoir et d’empoigner les manivelles, les leviers, le volant, etc. 

Un chantier, c'est fait pour jouer
Photo Louis-Philippe Messier

Pénurie de terrain vague

Mais sous peu, la rue redeviendra la rue. Les voitures reprendront leurs droits et chasseront la ribambelle. N’allez pas croire que les jeux décrits ci-dessus migreront ailleurs : ces petits Montréalais n’ont aucun terrain vague à leur disposition pour «faire du BMX» ou lancer des cailloux à volonté. De là leur empressement à occuper le chantier pendant qu’il dure.

Une voisine originaire du Saguenay me disait récemment qu’elle tenait à ce que sa fille ne soit pas «purement Montréalaise» même si elle grandit en ville. Elle voulait dire par là qu’elle souhaite que son enfant passe toutes ses vacances à la campagne pour bénéficier d’un luxe qui fait défaut aux petits urbains  : des champs, des bouts de forêt et de plage où jouer librement toute la journée sans plan prédéfini.

À Montréal abondent les parcs à modules, les jeux d’eau, les bibliothèques, les sites consacrés au soccer, au baseball, au basketball... mais ça manque de terrains vagues où l’enfance peut s’amuser de n’importe quoi.