/weekend
Navigation

Pascale Bussières: ses compagnons de route

Coup d'oeil sur cet article

Ce soir, dans le cadre du FIL, on pourra voir Pascale Bussières interpréter la nouvelle héroïne de l’auteure Nancy Huston dans Rien d’autre que cette félicité. D’ici là, elle nous parle de tous les livres qu’elle a aimés beaucoup, à la folie.

Qu’aimez-vous le plus, avec les livres ?

Les livres sont des compagnons indéfectibles... Ils sont très souvent un refuge qui correspond à une nécessité du moment, plus encore, ils font écho à ce que je vis au moment où je les ouvre, comme par magie ! Ils sont un supplément d’âme, d’humanité et de profondeur. Ils m’aident à saisir le monde, à me raccorder à lui et lui donner un sens. Ce sont des compagnons de route.

Avec quel roman avez-vous

réellement commencé à apprécier

la lecture ?

Le premier roman qui m’a réellement atteinte, c’est L’écume des jours de Boris Vian. Je devais avoir 12 ou 13 ans. Cet ouvrage m’a initiée au surréalisme et à la pataphysique des dadaïstes que j’allais découvrir plus tard. Cet esprit d’invention, ce délire des mots, cette conception des êtres et des liens entre eux est si formidablement poétique dans l’œuvre de Vian, c’est irrésistible. Ce roman est devenu le symbole d’une génération dans les années soixante. Soit bien après sa publication, en 1947 ! Vian, le visionnaire...

Au fil des décennies, y a-t-il eu un auteur plus important que tout autre ?

Un peu plus tard, j’ai découvert l’œuvre de Milan Kundera, que j’ai avalée goulûment. D’abord L’insoutenable légèreté de l’être, puis L’immortalité, Le livre du rire et de l’oubli, La vie est ailleurs, La fête de l’insignifiance, etc. J’ai trouvé chez cet auteur une grande intelligence, un peintre sarcastique de la condition humaine, à la fois grave et désinvolte. Sa seule résistance à la folie humaine étant de ne pas la prendre trop au sérieux. J’y ai trouvé de grandes leçons de vie... Il y a eu plus tard Auður Ava Ólafsdóttir, Yuval Noah Harari, Nancy Huston, Lawrence Durrell...

Tous genres confondus, quels ont été vos plus gros coups de cœur jusqu’à présent ?

  • Le quatuor d’Alexandrie de Lawrence Durrell. Cette fresque majestueuse et sensorielle est une symphonie littéraire. Chassé-croisé passionnel sur fond politique dans une Alexandrie cosmopolite, à la frontière du désert...
  • Sapiens de Yuval Noah Harari. Cette œuvre historico-socio-politico-humaniste devrait être une lecture obligatoire pour tous. Véritable bible du XXIe siècle, elle offre un regard lucide et percutant sur l’évolution de notre espèce...
  • L’avalée des avalés de Réjean Ducharme, roman fulgurant dans une langue familière et pourtant inventée, un rythme fou, un souffle délirant à lire absolument.
  • Les piliers de la terre de Ken Follett, roman historique fleuve sur les bâtisseurs de cathédrales que j’ai dévoré pendant mes grossesses !
  • Kafka sur le rivage de Haruki Murakami, roman méditatif hypnotique et initiatique, d’une grâce infinie, d’une imagination stupéfiante, une ode souterraine...

Vous pouvez nous parler du dernier livre qui a réussi à vous tenir en haleine des heures durant ?

Le dernier livre qui a capté mon atten­tion est Homo deus de Yuval Noah Harari. Il porte sur les mythes millénaires confrontés à la technologie et les profonds changements de paradigmes auxquels nous aurons à faire face dans les prochaines décennies. Passionnant.

Et du côté de l’œuvre de Nancy Huston, quel est le livre que vous avez préféré ?

J’aime beaucoup Nancy et son œuvre m’accompagne depuis longtemps. L’empreinte de l’ange a été ma première découverte de sa grande sensibilité, de sa finesse et de sa grâce. C’est une œuvre passionnelle et absolue. Dans Lignes de faille, roman éblouissant, elle s’élève et nous élève contre le mensonge et l’oubli. Cette auteure aura exploré – et continue de le faire – la complexité de la création quand on est à la fois mère, amante et romancière, et sa voix demeure un guide exceptionnel dans ma vie de femme, de mère et d’actrice.

Parmi les grands classiques de la littérature, est-ce qu’il y en a un auquel vous revenez régulièrement ?

Il est rare que je relise un livre à l’exception de la poésie... Donc, Les Fleurs du mal, de Baudelaire.

Avant de terminer, vous pouvez nous dire ce que vous lisez présentement ?

J’ai reçu la semaine dernière deux essais de mon amie Edith... Elle les a dévorés et les offre à tout le monde : Les tranchées : Maternité, ambiguïté et féminisme, en fragments et Les retranchées : Échecs et ravissement de la famille, en milieu de course, tous deux de Fanny Britt.

Je m’y plonge dès ce soir...