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Inoubliables: Jacques Boulanger

Chaque semaine Le Journal retrouve des artistes qui ont connu la gloire, mais qu’on voit moins depuis quelques années. On ne les a pas oubliés pour autant...

L’hiver dernier à Palm Beach avec sa femme Nicole Nevers qu’il avait rencontrée au début de sa carrière, il y a 53 ans. « Elle était assistante de production. On la surnommait la BB du Québec, tellement elle ressemblait à Brigitte Bardot », de dire le fier mari. En rémission depuis huit ans, elle a combattu trois cancers.
Photo courtoisie L’hiver dernier à Palm Beach avec sa femme Nicole Nevers qu’il avait rencontrée au début de sa carrière, il y a 53 ans. « Elle était assistante de production. On la surnommait la BB du Québec, tellement elle ressemblait à Brigitte Bardot », de dire le fier mari. En rémission depuis huit ans, elle a combattu trois cancers.

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Avec une assurance toute naturelle, il a animé une kyrielle d’émissions de variétés au cours de ses 53 ans de carrière, dont l’unique Boubou. Il a reçu sur ses plateaux les grands du show-business et chanté avec les Jeanne Moreau et Nana Mouskouri de ce monde, après le succès fou du duo Le sable et la mer, avec Ginette Reno. Et tout ça en direct, sans filet, devant des milliers de téléspectateurs, parfois jusqu’à 2 millions d’entre eux. Le plus zen des animateurs de variétés ne se prédestinait pourtant pas à une telle carrière, lui l’adolescent révolté, qui ne croyait en rien ni personne, et qui voulait devenir psychiatre ou chirurgien.

Vous fréquentiez le cours classique, mais êtes devenu animateur à la radio CHRC de Québec à l’âge de 18 ans et demi. Que s’est-il donc passé ?

J’étais allé aux auditions avec mes chums pour avoir du fun, mais je n’étais pas intéressé. C’était très compliqué, ils nous demandaient de présenter des artistes ad lib et ils testaient nos connaissances générales en musique classique, en opéra. Moi, je connaissais tout ça, parce que ma mère était pianiste et elle m’emmenait voir des opéras. Mes chums n’ont pas été retenus, mais on m’a offert de faire de la radio pour l’été. Ma vie a basculé en l’espace d’un week-end. Ils me donnaient 45 $ par semaine, c’était peu, mais assez d’argent de poche pour pouvoir aller au cinéma tous les jours. Et j’adorais le cinéma !


Vous êtes resté 5 ans à CHRC, puis Radio-Canada est venu vous chercher, n’est-ce pas ?

Oui. J’étais à la discothèque de CHRC quand Miville Couture [pionnier de RC] m’a téléphoné. Il voulait me rencontrer pour Montréal. J’étais surpris. J’étais le plus jeune. Je n’avais que 22 ans. Mais, j’ai dit oui. J’ai pris le train avec ma petite valise. Je n’étais jamais allé à Montréal de ma vie. J’ai atterri sur la rue du Fort, près du Forum et j’ai vu un grand appartement à louer au coin de De Maisonneuve. Je l’ai loué pour moi tout seul.

Jacques Boulanger en 1968, il y plus de cinquante ans. Arrivé à Montréal depuis quelques années, il animait l’émission <i>Zoom</i> à Radio-Canada.
Photo d'archives, Radio-Canada
Jacques Boulanger en 1968, il y plus de cinquante ans. Arrivé à Montréal depuis quelques années, il animait l’émission Zoom à Radio-Canada.

Ç’a été le début d’une grande aventure ?

Oui. Ce n’est pas possible tout ce que j’ai animé ! D’abord à la radio, puis la télévision est venue me chercher d’un coup sec. Il y a eu bien sûr Boubou dans l’métro. Radio-Canada voulait se rapprocher du grand public et on avait obtenu la permission du maire Jean Drapeau d’animer dans une station de métro, tout près des rampes. Toute l’équipe était engagée, un chef d’orchestre, des musiciens. On avait bâti un décor très mignon. Mais à trois semaines d’entrer en ondes, le maire a tout annulé, parce que tout le monde voulait soudainement un show dans le métro. On a eu un meeting d’urgence et on a conclu qu’on allait faire l’émission dans un centre d’achat, mais tous les centres d’achat ont refusé par crainte d’une baisse des ventes. Sauf les Galeries d’Anjou ! Ç’a été le plus gros hit de la télé le midi. On s’est rendu jusqu’à 2 millions de téléspectateurs. Du jamais vu pour les années 1970 !

Jacques Boulanger en 1977 au micro de CBF-FM 690 où il avait fait ses débuts. Avec son talent et son charme naturel, il était devenu la tête d’affiche de Radio-Canada
Photo d'archives, Radio-Canada
Jacques Boulanger en 1977 au micro de CBF-FM 690 où il avait fait ses débuts. Avec son talent et son charme naturel, il était devenu la tête d’affiche de Radio-Canada

Vous animiez en direct et tout semblait sans stress. Était-ce le cas ?

Tout à fait. C’était facile pour moi. J’animais comme je recevais les amis à la maison. Quand je cuisine pour les amis, je n’ai pas le trac. C’était la même chose à la télé. Je ne réalisais pas qu’il y avait des milliers de téléspectateurs qui regardaient. J’ai été le premier animateur « super détendu ».


La télévision était pourtant un milieu très compétitif, n’y avait-il pas de pression ?

Moi, la compétition ne m’intéressait pas. Je ne voulais pas être meilleur que tel autre. Je ne suis pas compétitif. Je n’ai jamais fait de sport de ma vie. Quand j’animais, c’était pour avoir du fun. Dans ce temps-là, on parlait très peu des cotes d’écoute. On était des fonctionnaires du gouvernement. Les gens croient que je suis millionnaire. Mais pas du tout ! J’étais syndiqué comme les autres. Je faisais partie du même syndicat que les employés de bureau. Si j’avais été pigiste, peut-être que je serais millionnaire (rires) !

Boubou, la coqueluche du public québécois, entouré de quelques-unes des vedettes de l’heure, Christiane Laurin, Renée Martel, France Castel et Christine Charbonneau.
Photo d'archives
Boubou, la coqueluche du public québécois, entouré de quelques-unes des vedettes de l’heure, Christiane Laurin, Renée Martel, France Castel et Christine Charbonneau.

Vous êtes également devenu chanteur par hasard ?

Effectivement. Moi, je disais oui à tout. Donc quand le mari de Ginette Reno (Robert Watier) m’a demandé si je savais chanter, j’ai dit : « Je peux essayer ! » Il ramenait une belle chanson des États-Unis, Le sable et la mer, que j’ai enregistrée avec Ginette. Je trouvais ça ben le fun. Je ne réalisais pas du tout qu’elle était une superstar. Ç’a été un très gros hit et après, les réalisateurs m’ont demandé de chanter en direct. J’ai chanté en duo avec Pierre Lalonde, Shirley Théroux, Jeanne Moreau, Annie Girardot, Nana Mouskouri !


Vous êtes donc né sous une bonne étoile ?

Je considère que j’ai été au paradis durant 53 ans ! Adolescent, j’étais pourtant révolté contre la société et contre toute forme d’autorité. À l’école c’était terrible. J’étais frêle, je me faisais harceler, je me faisais battre. Je ne croyais pas en l’amitié. Je ne croyais en rien. Ma mère monoparentale était découragée. Au cours classique, je me foutais de tout. En fait, j’ai recherché mon père toute mon enfance. Quant à CHRC j’ai commencé à recevoir des lettres d’amour de filles, que j’ai réalisé que du monde pouvait m’aimer, je n’en revenais pas ! Ce métier m’a sauvé la vie. Sans lui, je me serais probablement retrouvé en prison. Le métier m’a équilibré. Il m’a mis sur le droit chemin. Il a fait de moi un homme.

Tel que le grand public le retrouvait en direct au quotidien à la télévision d’État, à l’émission <i>Boubou</i> (pour Boulanger). Le plus détendu des animateurs télé.
Photo d'archives, Radio-Canada
Tel que le grand public le retrouvait en direct au quotidien à la télévision d’État, à l’émission Boubou (pour Boulanger). Le plus détendu des animateurs télé.

Vous avez pris votre retraite il y a dix ans [il a 80 ans], à quoi occupez-vous vos jours ?

Ah mon Dieu ! Pour moi, il est toujours 5 heures ! Les journées sont trop courtes. Je n’en reviens pas. Avec ma femme, on va voir des concerts symphoniques, on est abonnés à l’opéra, on va au théâtre, au cinéma. On fait de longues marches sur la montagne, on fait les courses. J’adore faire la cuisine, des plats compliqués. Et puis j’aime beaucoup la télé. On écoute nos séries, on est maniaques de documentaires et d’information. Il y a aussi les voyages. On part en Europe et l’hiver en Floride. Je suis un beach bum, je suis heureux au soleil, je déteste la neige. Ça n’arrête jamais. On rattrape le temps perdu. On vit notre vraie liberté. Je n’ai pas de téléphone intelligent, pas d’ordinateur et je n’en veux pas.

Chacun son chemin

  • Jacques Boulanger est né le 30 mai 1939 à Québec où il a passé toute sa jeunesse. Il a 80 ans.
  • Il a fait ses débuts à CHRC de Québec à l’âge de 18 ans et il est entré à la radio de Radio-Canada en 1964.
  • Il a animé un grand nombre d’émissions de variétés à la télé de Radio-Canada dont Boubou dans l’métro, Boubou (pour Boulanger), Monsieur B, Allo Boubou, Super Star, Le train de 5 heures.
  • Il a enregistré une vingtaine de 45 tours, dont Le sable et la mer en duo avec Ginette Reno.
  • Une seule déception sur 53 ans de carrière, « une erreur » dit-il, son rôle dans le film Parlez-nous d’amour de Jean-Claude Lord qui dénonçait les coulisses du show-business.
  • Il a animé l’émission Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux, à Québec, jusqu’en 2005. Il y a dix ans, il a pris sa retraite, pour se battre avec sa femme Nicole Nevers, atteinte du cancer.