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La guerre des valeurs a un prix

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Les libéraux avaient toujours misé sur une guerre des valeurs pour remporter leur deuxième mandat. Ce qu’ils n’avaient pas calculé, c’est qu’elle pourrait leur exploser au visage. 

Entre l’hypocrisie du double standard qu’il impose aux autres, mais auquel il se soustrait en cette tourmente raciale, Justin Trudeau ne peut plus si facilement invoquer sa supériorité morale sur Andrew Scheer. 

La controverse et ses nuances ont surtout soumis les deux chefs à un test de leadership qu’ils n’avaient jamais imaginé. 

Le festival des contradictions 

Éthique élastique, féminisme à géométrie variable, la liste des reproches que l’on peut adresser à Justin Trudeau est longue. Il traîne le prix des choix qui viennent avec le pouvoir. Andrew Scheer demeure à plusieurs égards une énigme, hanté par l’image austère de son prédécesseur et les excès des franges plus radicales de son parti. 

Andrew Scheer
Photo Agence QMI, Joël Lemay
Andrew Scheer

Parlons honnêteté. 

L’un s’est défini comme le champion de l’inclusion, tout en ayant caché pendant des années des squelettes humiliants dans son placard. L’autre voudrait qu’on oublie son appui passé à la cause pro-vie. Il plaide que le dossier est clos, sans pour autant oser le verrouiller définitivement. 

Le terrain miné des excuses? 

L’un a offert une montagne d’excuses pour sa propension passée à se déguiser grimé en Noir en 2001. L’autre ne voit pas pourquoi il s’excuserait pour avoir déjà comparé le mariage gai à la queue d’un chien en 2005. 

L’un voudrait qu’on accepte ses excuses alors que nous savons tous qu’il aurait congédié le premier candidat à faire preuve d’un tel manque de jugement. L’autre nous demande d’accepter les excuses de ses candidats pour leurs propos homophobes et racistes, mais refuse d’accepter celles de son adversaire. 

Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.

Bienvenue au royaume des contradictions. 

Entre le gros bon sens qu’invoque Yves-François Blanchet et les remises en question nécessaires qu’impose Jagmeet Singh, il n’est pas surprenant que tous deux semblent mener une bonne campagne jusqu’ici. 

Retour à la case départ 

Libéral, conservateur, si le choix philosophique demeure le même qu’au début de la campagne, la controverse du blackface force les électeurs à confronter les failles des deux aspirants premiers ministres. 

Il est là le risque : que l’issue de la campagne ne soit déterminée que par le nombre de Canadiens qui se donneront la peine d’aller voter, plutôt que par l’intérêt soulevé par les candidats. 

Les voies ensoleillées ont été assombries par les impératifs de la survie politique. C’est malheureux, le cynisme en sort gagnant. À moins, bien sûr que l’un des chefs ait le courage d’inverser la tendance.