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Les changements inutiles

La réussite des élèves ne passe pas par la transformation des structures scolaires!
Photo d’archives, Jean-Francois Desgagnes La réussite des élèves ne passe pas par la transformation des structures scolaires!

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Je me souviens de ce directeur général qui me disait que le ménage commençait par le haut. Il l’illustrait en évoquant le balayage d’un escalier qui ne débute pas par le bas.

Il est dommage que le parcours professionnel du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, ne lui ait pas fait rencontrer ce sage gestionnaire pour l’aider à mieux cibler ses actions !

La stagnation

Le taux de diplomation a évolué très faiblement depuis l’instauration de la réforme de l’éducation en 98 et demeure très préoccupant. Plus inquiétant, le nombre d’élèves en difficulté a presque doublé durant cette période.

La faute n’est pas attribuable aux commissions scolaires, elle découle plutôt des programmes mis de l’avant par l’État, des restrictions budgétaires et de l’entêtement du ministère à refuser les ajustements nécessaires pour empêcher la dégradation observée.

Le ministère de l’Éducation a préféré défendre ses mauvaises décisions et imputer aux différents acteurs tels que le personnel enseignant, les gestionnaires et les commissaires, les affres de son incurie.

Les pressions n’ont d’ailleurs pas manqué sur les commissions scolaires au fil du temps alors que le spectre de leur disparition est continuellement brandi et que les menaces de tutelle servent d’exutoire aux frustrations ministérielles.

Comble d’audace, le ministre pousse jusqu’à la job de bras avec un rapport d’enquête dévastateur à l’encontre de la CSEM réalisé par les employés de son ministère.

Jusqu’à présent, le ministre n’a guère démontré l’inutilité des commissions scolaires et n’apparaît pas plus convaincant sur les économies significatives que pourrait entraîner leur disparition.

Au lieu de faire le ménage dans son ministère en retournant un grand nombre d’employés vers les milieux afin d’agir directement auprès des élèves, il préfère se cantonner dans un changement de structures qui augure des lourdeurs administratives encore plus grandes. Les querelles entre écoles pour s’approprier plus de ressources se substitueront à la guerre de pouvoir entre le ministère de l’Éducation et les commissions scolaires.

Un meilleur leadership

Selon la plupart des experts, les changements de structure sont sans effet significatif, semant ainsi de forts doutes sur l’utilité de transformer les commissions scolaires en centre de services. L’expérience Barrette en santé devrait inciter le ministre à la prudence.

Le leadership et la pratique réflexive constituent des piliers plus prometteurs pour le progrès de l’éducation.

Plusieurs chantiers pour améliorer l’éducation s’offrent au ministre s’il laisse tomber ses préjugés et ses obsessions idéologiques sur les structures scolaires. Des modifications au programme de formation de l’école québécoise pourraient réduire considérablement le nombre d’élèves en difficulté en lecture-écriture, un apport mieux orienté des professionnels de l’éducation, le renforcement de la formation des gestionnaires, la révision de la formation de base pour les enseignants, le recrutement, un meilleur arrimage entre les services publics sont quelques-uns de ces chantiers plus urgents.

Par ailleurs, l’abolition des commissions scolaires, c’est moins de démocratie, si imparfaites soient-elles, ce qui devrait toujours nous alarmer contre la montée de l’autoritarisme.