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Indonésie: des émeutes en Papouasie font une trentaine de morts

Indonésie: des émeutes en Papouasie font une trentaine de morts
AFP

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Des émeutes qui ont éclaté lundi en Papouasie ont fait une trentaine de morts, selon la police, alors que des milliers d’habitants ont fui les affrontements et les incendies volontaires dans cette région pauvre d’Indonésie qui a plongé dans la violence.

Des manifestations et des émeutes se succèdent en Papouasie depuis le 19 août en réaction à des attaques racistes contre des étudiants papous, relançant les appels à l’indépendance.

Dans la ville de Wamena au centre de la Papouasie, 26 personnes sont mortes après une manifestation lundi de centaines de jeunes au cours de laquelle des bâtiments, notamment publics, ont été incendiés, selon un dernier bilan mardi de la police. 

« Certaines victimes sont mortes brûlées, d’autres par arme blanche (...) d’autres sont restées prisonnières des flammes », a expliqué le commandant militaire Chandra Dianto à l’AFP, avertissant que le bilan pourrait encore monter.

Piégés dans les incendies

Les secouristes vont « examiner les débris pour chercher d’autres victimes potentielles dans les boutiques et les étals qui ont été incendiés », a-t-il relevé.

Les autorités ont confirmé que la plupart des victimes n’étaient pas d’origine papoue, ce qui laisse craindre une escalade de la violence contre les migrants venus d’autres îles de l’archipel indonésien.

Ailleurs, les violences ont opposé des manifestants séparatistes et les forces indonésiennes.

Dans la capitale provinciale Jayapura, un soldat et trois civils sont morts lundi dans un affrontement entre manifestants qui lançaient des pierres et les forces de l’ordre.

Le soldat est mort par arme blanche et trois étudiants qui manifestaient sont morts de blessures infligées par des balles en caoutchouc, ont indiqué les autorités.

L’armée a arrêté environ 700 personnes et en a libéré plusieurs centaines après les avoir interrogés. Les violences ont fait plus de 70 blessés.

4000 réfugiés

Devant les affrontements, plus de 4000 habitants, dont de nombreuses femmes et enfants, ont fui pour se réfugier dans des postes de police, de l’armée, des bâtiments publics ou des églises, selon les autorités.

« Il y avait beaucoup de femmes et de personnes âgées, surtout des migrants », a confirmé à l’AFP Yudi, un entrepreneur indonésien habitant Wamena qui a rejoint un refuge tandis que son épouse a fui mardi la Papouasie par peur pour sa sécurité.

« Certains Papous ont aidé les migrants en les cachant chez eux, mais quand ça s’est su, leurs maisons ont aussi été prises pour cible ». « Wamena est détruite », a-t-il assuré.

La population autochtone de Papouasie est mélanésienne et en majorité chrétienne, avec une culture tribale différente du reste de l’Indonésie où 90% de la population est musulmane.

Damien Kingsbury, professeur de politique internationale à l’université australienne Deakin, et spécialiste de la Papouasie, reste cependant sceptique sur l’hypothèse d’affrontements entre communautés. 

« Je doute (...) que cela ait été intentionnel, ou planifié », indique-t-il interrogé par l’AFP.

À Wamena, les troubles ont commencé quand des centaines de lycéens et d’étudiants se sont rassemblés pour protester contre des propos racistes attribués à un enseignant sur les réseaux sociaux. La police a démenti ces propos racistes, parlant d’une « infox » (fausse nouvelle).

Le Mouvement de la Papouasie libre (OPM), qui regroupe plusieurs organisations séparatistes, a pour sa part dénoncé un « massacre » à Wamena, affirmant que 17 lycéens avaient tués par balle par les forces de l’ordre.

Les bilans avancés par l’armée ou les séparatistes divergent, comme souvent en Papouasie, et ne peuvent être vérifiés indépendamment.

Des manifestations et des émeutes parfois meurtrières se succèdent en Papouasie depuis attaques racistes contre des étudiants papous à Surabaya, la deuxième plus grande ville d’Indonésie sur l’île de Java le 17 août, jour de l’indépendance de l’Indonésie. La vague de manifestation a aussi relancé les revendications pour un référendum sur l’indépendance.

La Papouasie connaît une rébellion indépendantiste sporadique contre le gouvernement indonésien qui a pris le contrôle de cette région riche en ressources naturelles dans les années 1960, après la colonisation néerlandaise.

La partie orientale de l’île est occupée par la Papouasie-Nouvelle-Guinée, État indépendant depuis 1975.