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Recyclage: «nous sommes près du point de rupture», admet le ministre Charette

Recyclage: «nous sommes près du point de rupture», admet le ministre Charette
Photo d'archives Simon Clark

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Notre système de recyclage est tout près du point de rupture, admet le ministre de l’Environnement Benoit Charette, qui compte donner un coup de barre en imposant une «standardisation de la qualité» aux centres de tri.

«Il faut bouger. [...] On est réellement et malheureusement près d’un point de rupture», a reconnu M. Charette en entrevue depuis New York où il assiste au Sommet des Nations unies sur les changements climatiques.

Le ministre réagissait à la série de reportages du Journal, qui a notamment révélé que même l'Inde commence à refuser le papier recyclé du Québec en raison de sa piètre qualité. Un plan pour améliorer notre gestion des matières résiduelles sera présenté début novembre devra redonner confianc e à la population, ajoute-t-il.

«Vos reportages arrivent au bon moment pour dresser le constat et ça va nous aider à proposer un plan d’action qui devrait, souhaitons-le, améliorer grandement la situation. »

Ce plan comprendra une enveloppe de 100 millions sur 5 ans dont une enveloppe de 20 millions servira à trouver des débouchés pour les matières recyclées.

Miser sur la qualité

Outre des sommes d’argent pour l’amélioration des équipements, il croit que la «clef du succès» passera par la «standardisation» de la qualité des matières qui sortent des centres de tri.

Ce pourrait être en accordant des contrats publics seulement à ceux qui ont fait la preuve de leur respect de qualité, par exemple.

Le directeur-général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, Karel Ménard, croit aussi que les centres devraient avoir des «seuils minimaux de qualité».

«Les centres doivent arrêter de travailler en silos. Il n’y a pas d’uniformité dans les matières récupérées, alors ça sème la confusion chez le citoyen. Et quand les citoyens sont confus, ils mettent n’importe quoi dans le bac», juge M. Ménard.

Mais pas question de revenir en arrière en imposant un tri à la source par le citoyen dans le bac bleu, insiste le ministre.

«Il y a certainement un défi d’éducation [...] mais on n’en est pas à revivre la période où il y aurait une petite section pour le papier, une autre pour le verre parce que la technologie s’est passablement développée», explique le ministre Charrette.

Pourtant, un meilleur tri en amont fait partie des solutions selon plusieurs.

«La clé pour avoir une matière de qualité à la sortie des centres de tri, c’est le tri à la source, soutient Karel Ménard. Mais je ne pense pas qu’on n’est prêt du jour au lendemain à avoir cinq ou six bacs de récupération.»

Le président Rebuts solides canadiens, Gilbert Durocher, propriétaire du centre de tri que nous avons infiltré admet que le bac pêle-mêle a « compliqué la tâche » des centres de tri.

Le ministre étudie sérieusement la possibilité d’élargir la consigne aux bouteilles de vin tout en insistant sur le fait que ce ne peut être la solution à tout.

Responsabilité des producteurs

«Il faut mettre en place des critères plus sévères pour la mise en marché d’emballages», ajoute la directrice-générale d’Équiterre, Colleen Thorpe.

M. Ménard suggère que les producteurs paient une taxe si leurs contenants ne sont pas recyclés.  «En ce moment, ce sont les municipalités qui sont financièrement pénalisées si elles n’ont pas atteint les objectifs qui sont inscrits dans la loi. Si cette responsabilité était transférée aux entreprises privées, je vous donne un papier qu’ils trouveraient une solution pour que le verre ne soit pas mis dans le bac de récupération», juge-t-il.

La députée de Québec solidaire Ruba Ghazal croit aussi que Recyc-Québec devrait rendre davantage de comptes.

«Recyc-Québec a démissionné de leur rôle et de leur responsabilité face au lobby qui eux ont géré le bac bleu: Éco entreprise et l’industrie de l’emballage, dit-elle. Il faut rendre Recyc-Québec responsable, c’est notre société d’État. Il faut y faire un grand ménage et arrêter de jouer à l’autruche.»

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