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Trump et la liberté de religion

Le président Donald Trump en compagnie du premier ministre indien Narendra Modi, hier, lors d’un rassemblement à Houston.
Photo AFP Le président Donald Trump en compagnie du premier ministre indien Narendra Modi, hier, lors d’un rassemblement à Houston.

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Donald Trump prononce aujourd’hui un important discours à l’ONU sur la liberté de religion et sur les moyens de protéger les individus contre les attaques religieuses.

Au même moment, le gouvernement américain renforce son alliance militaire avec l’Arabie saoudite, un régime totalitaire religieux sunnite. Un régime qui attaque non seulement les populations musulmanes qui ne sont pas sunnites, mais qui punit aussi de mort quiconque renonce à l’islam.

Les États-Unis imposent de nouvelles sanctions à l’Iran, dont les actions brutales s’expliquent en partie par l’idéologie religieuse totalitaire de son gouvernement. Mais Trump ne dit rien là-dessus.

En Israël, un autre grand allié de Trump, Benyamin Netanyahou, a gouverné le pays pendant plus de 10 ans grâce à son alliance avec les juifs orthodoxes. Ces derniers sont détestés par une partie de la population israélienne qui leur reproche de vivre à ses crochets et qui veut mettre fin à l’exemption du service militaire dont ils jouissent. Les juifs orthodoxes, comme bien d’autres groupes fondamentalistes religieux, cultivent la terreur religieuse dans leur communauté. Mais silence.

En Inde, le premier ministre Narendra Modi soutient un nationalisme religieux hindou qui se traduit entre autres par la persécution de millions de musulmans. Trump a assisté hier avec lui à une grande réunion politique au Texas. Lui a-t-il parlé de la liberté de croyance ?

Bref, Donald Trump s’allie avec des dirigeants qui défendent des positions religieuses extrêmes, mais il plaide pour la liberté de croyance.

Des croyances inégales

En fait, les croyances religieuses ne devraient pas toutes jouir du même respect ni de la même protection législative. Il est évident que lorsque des dirigeants religieux poussent des gens à tuer au nom de leur religion, ceux-ci ont franchi la frontière entre des activités tolérables et des activités criminelles.

Mais qu’en est-il de ceux qui font la promotion de croyances religieuses qui torturent la conscience des gens, qui les emprisonnent dans une prison de croyances et qui leur promettent les feux de l’enfer s’ils osent même contester leurs dictats religieux ? S’agit-il bien là d’une liberté fondamentale que les Nations unies doivent défendre ?

La Constitution des États-Unis défend la liberté de croyance religieuse au-delà de la raison, entre autres pour des motifs historiques. Ce n’est pas une excuse pour promouvoir ailleurs cette liberté débridée.

Choquant

Il y a quelque chose de choquant à voir le président américain défendre la liberté de religion, mais ne pas lever le petit doigt pour défendre la démocratie. Il faut toujours rappeler que la liberté religieuse découle de la démocratie, et non pas l’inverse. S’il n’en tenait qu’aux dirigeants religieux fondamentalistes de ce monde, la démocratie serait éradiquée.

Cette opposition entre le fondamentalisme religieux et la démocratie est mal comprise par beaucoup de dirigeants politiques. Du reste, dans nos démocraties, ceux-ci peuvent souvent compter sur une armée de volontaires, proches de mouvements religieux fondamentalistes pour se faire élire.

L’opposition entre religion et démocratie demeure taboue. Par exemple, personne ne demandera systématiquement aux candidats aux élections fédérales s’ils placent les lois humaines au-dessus de leurs croyances religieuses. Et surtout, trop peu d’électeurs se révolteront en cas de réponses évasives ou négatives.