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Du brownface au Met au Aladin de Trudeau

Johnny depp dans The Lone Ranger
Photo courtoisie, Disney Johnny Depp dans The Lone Ranger.

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La rectitude politique qui s’enracine chaque jour plus profondément en Amérique du Nord est en train de nous plonger dans une nouvelle forme de totalitarisme.

La rectitude dont on s’est d’abord moqués en la croyant éphémère s’implante désormais partout. Elle corrompt la pensée au point où quiconque la conteste devient l’ennemi du peuple. Elle est l’assassin de tous les arts, en particulier du théâtre, du cinéma et de la télévision, des arts vivants s’il en est. Elle est aussi l’assassin du rêve et de la fantaisie.

La dernière manifestation de ce nouveau totalitarisme est bien le scandale suscité par la publication d’une photo de Justin Trudeau, déguisé en personnage d’Aladin, brownface inclus. Les vannes de l’indignation se sont ouvertes et les gardes rouges de la rectitude, secondés par des chefs politiques en campagne de salissage, ont accablé le coupable, le livrant du coup à l’opprobre international.

LE POIDS DE L’HISTOIRE

Pour s’assurer que le pauvre avait les épaules collées au matelas, ils l’ont chargé du poids de l’histoire. En une journée, tous ont appris – ce que la majorité ignorait – que le grimage en Noir (blackface) était la caractéristique du « minstrel show », une forme de vaudeville en vogue aux États-Unis à la fin du 19e siècle. Comme l’affaire n’aurait pas servi leur cause, aucun n’a rappelé que dès le 16e siècle, le théâtre élisabéthain mettait en scène des personnages grimés en Noir, dont l’Othello de Shakespeare.

Tout près de nous, en 2003, le Metropolitan Opera présentait L’enlèvement au sérail avec Kurt Moll dans le personnage d’Osmin, gardien du sérail. Allemand blond au visage pâle, Moll a joué son rôle maquillé en brun (brownface). Personne ne s’en est offusqué. Les gardes rouges de la rectitude n’avaient pas encore lâché leurs bataillons.

L’apparence de Moll dans cette mise en scène de l’opéra de Mozart ressemble beaucoup à celle de Justin Trudeau qui, deux ans plus tôt, s’était déguisé en Aladin, le personnage du conte des Mille et une nuits. Les sceptiques peuvent admirer l’Osmin de Kurt Moll sur internet.

TOUT LE MONDE LE FAIT

Jouer des rôles et se déguiser font partie de la nature humaine. Non seulement tous les enfants le font, mais les adultes s’évadent de la même manière. Les jeux de rôles se sont multipliés à l’infini grâce à internet et aux jeux vidéo. Mardi gras et Halloween donnent à des millions de personnes l’occasion de se déguiser et de jouer un rôle.

De grâce, qu’on ne m’enlève pas le plaisir de revoir Christian Bégin en prostituée, Benoît Brière en madame Lebrun ou Johnny Depp en Tonto, le brave compagnon de Lone Ranger. Si on ne peut faire autrement, mieux vaut un Othello blanc grimé en Noir que pas d’Othello du tout.

Au risque d’être lynché, je confesse m’être, comme Johnny Depp, souvent déguisé en Tonto durant mon enfance. Pire encore, j’ai lancé le réseau TQS avec une coiffe de chef indien sur la tête. À ma décharge, elle avait été fabriquée à Kahnawake. Je voulais ainsi rappeler la tête d’Indien qui servit longtemps de mire au canal 2 de Radio-Canada.

Que celui qui ne s’est jamais déguisé me jette la première flèche !