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La vérité en question dans «L’État»

Robert Lalonde et Louise Laprade
Photo courtoisie, Frédérique Ménard Audin Robert Lalonde et Louise Laprade

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La pièce «L’État», présentée au Théâtre Denise-Pelletier, cherche à réfléchir au risque d’assumer une vérité aux conséquences potentiellement dramatiques, sur fond de scandale politique.

«Est-ce qu’on devrait s’ouvrir la trappe sur des éléments qui pourraient bouleverser beaucoup de monde, par respect de la vérité, ou si, au contraire, pour préserver l'état actuel des choses, on est mieux de se taire?», a soulevé en entrevue Robert Lalonde, un des acteurs principaux de la pièce.

Voilà la question qui est posée tout au long de la production mise en scène par Martine Beaulne à partir d'un texte de Normand Canac-Marquis.

On y suit les tourments du rédacteur en chef du journal «L’État», interprété par Robert Lalonde, à la veille de sa dernière édition papier. L’éditorialiste en chef Solange Speilmann, interprétée par Louise Laprade, se retrouve quant à elle empêtrée dans une histoire de scandale politique aux répercussions potentiellement dévastatrices pour le parti qui aspire au pouvoir, à cinq jours des élections. Entre eux deux, une histoire d’amour vieille de 40 ans qui refait soudainement surface.

Complicité

Robert Lalonde et Louise Laprade
Photo courtoisie, Frédérique Ménard Audin

La production du Théâtre La Rubrique ne pouvait peut-être pas espérer meilleur contexte. Alors que nous nous retrouvons au cœur d’une campagne électorale fédérale et au moment même où l’avenir des médias semble plus que jamais en jeu, la pièce résonne de façon évidente.

Néanmoins, le propos de la pièce n’est pas uniquement politique: le débat sur la difficulté de dévoiler une vérité potentiellement dérangeante se transpose également dans la relation entre deux personnes qui ont continué à s’aimer à travers les années, même s’ils ont un rapport assez orageux. «Ils me font parfois penser à Pauline Julien et Gérald Godin», a évoqué Robert Lalonde.

Cet aspect constitue probablement la force principale de l’œuvre: la pièce ne réussit que tardivement à nous faire entrer dans le scandale politique censé faire office d’intrigue principale, mais la relation entre les personnages de Solange Speilmann et de son ancien mari captive l’attention dès les premiers échanges. Leur jeu se révèle profondément convaincant et le magnétisme à l’œuvre entre eux deux, indéniable. Leur complicité en devient au final très attachante, dans ce qu’elle dévoile comme dans ce qu’elle laisse deviner.

En somme, on ressort d’une représentation de «L’État» sans réponses, laissés à nous-mêmes dans nos doutes, en réflexion quant à ce que l’on serait prêt à accepter ou non pour dévoiler une vérité dérangeante. Si l’intrigue aurait pu être plus poignante dans les questions qu'elle soulève, on demeure néanmoins réjoui des acteurs et des actrices qui les auront portées.

La pièce est présentée jusqu’au 12 octobre à la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier.