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Frais de garde exorbitants: 1440$ pour manger son propre lunch à l’école

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Jean-Étienne Poirier, dont le fils fréquente une école primaire de la commission scolaire des Premières-Seigneuries, interpelle le ministre de l’Éducation pour qu’il revoie les frais chargés aux parents qui utilisent les services de garde le midi. 

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Un père de famille de Stoneham-et-Tewkesbury refuse de payer 1440 $ de frais de garde pour que son enfant de 9 ans mange à l’école le midi avec son propre lunch, car il se dit captif d’un système qui ne lui offre aucun autre choix.  

Jean-Étienne Poirier et sa conjointe doivent payer 8 $ par jour pour que leur fils dîne à l’école du Harfang-des-Neiges, à Stoneham. Ils jugent cette tarification beaucoup trop onéreuse, d’autant plus qu’il s’agit d’une hausse de 33 % par rapport à l’an dernier.  

«C’est inadmissible. Ça n’a pas de bon sens!», s’indigne le père.  

ÉCOUTEZ l’entrevue de la présidente de l’Association québécoise de la garde scolaire, Réjeanne Brodeur, sur QUB radio: 

M. Poirier, qui a trois enfants, préférerait payer les 210 $ par année pour le transport scolaire le midi, mais voilà que la Commission scolaire des Premières-Seigneuries n’offre pas le service puisque le lieu de résidence est situé à 16 km de l’école, ce qui est trop loin pour faire l’aller-retour durant la pause du dîner.  

À ce rythme-là, le père de famille affirme qu’il aura versé près de 21 000 $ de la maternelle à la sixième année pour la fréquentation de ses trois enfants au service de garde. Les deux plus vieux sont maintenant au secondaire.  

«Je ne paye pas ça. J’ai assez payé pour que ce soit gratuit jusqu’à la fin du primaire de mon enfant. J’exige pour la suite que les gens qui n’ont pas accès au transport scolaire le midi payent l’équivalent du service d’autobus pour le service de garde», affirme-t-il.  

Disparité des tarifs  

D’après une tournée de plusieurs écoles dans la région de Québec, les frais pour les services de garde le midi varient de 4,65 $ à 8 $ par jour.  

Les places des élèves à «statut sporadique», c’est-à-dire qui ne fréquentent le service de garde que le midi, ne sont pas subventionnées par le gouvernement, mais les parents ont droit à un crédit d’impôt  

Pour les élèves «à statut régulier», qui vont au service de garde plus d’une fois par jour, la contribution financière des parents est majorée à 8,35 $ et elle est uniforme partout.  

«Pour les enfants à statut sporadique, on remarque une grande disparité entre les services de garde et les commissions scolaires. Il n’y a pas de balises actuellement pour déterminer un coût maximal. Il n’y a aucune mention non plus pour moduler les tarifs pour les familles nombreuses. Pour nous, c’est une préoccupation importante», a fait part Diane Miron, directrice générale de l’Association québécoise de la garde scolaire (voir autre texte).  

Selon Martine Chouinard, directrice du Secrétariat général de la commission scolaire des Premières-Seigneuries, les services de garde ont l’obligation de s’autofinancer. La fixation des tarifs dépend de différents facteurs comme le nombre d’élèves inscrits et la durée de la pause du midi.  

À l’école du Harfang-des-Neiges, qui compte 951 élèves, près de 92 % de la clientèle dîne à l’école.  

«Ça nous prend beaucoup d’intervenants et c’est vraiment associé au coût de la main-d’œuvre», a ajouté Mme Chouinard.   

Ministre interpellé  

Quoi qu’il en soit, M. Poirier n’a pas l’intention de rester assis les bras croisés.  

«Je veux interpeller le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, s’il le faut, pour que ça change», a-t-il dit à bout de patience.  

En 2017-2018, les allocations accordées aux commissions scolaires pour les services de garde en milieu scolaire ont totalisé 266,4 M$ pour 1932 points de service de garde, selon le ministère de l’Éducation.   

► Tarifs pour les «dîneurs»  

♦ École de l’Étoile (CS des Navigateurs)    

  •  4,65 $ / midi  
  •  837 $ / année*    

♦ École de Taniata (CS des Navigateurs)    

  •  4,85 $ / midi  
  •  873 $ / année    

♦ École Cœur-Vaillant (CS des Découvreurs)    

  •  5,75 $ / midi  
  •  1035 $ / année    

♦ École Château d’eau (CS de la Capitale)    

  •  6,40 $ / midi  
  •  1152 $ / année    

♦ École de la Chanterelle (CS de la Capitale)    

  •  6,50 $ / midi  
  •  1170 $ / année    

♦ École Camille-Marcoux (CS du Fer à Sept-Îles)    

  •  7 $ / midi  
  •  1260 $ / année    

♦ École des Deux Moulins (CS des Premières-Seigneuries)    

  •  7 $ / midi  
  •  1260 $ / année    

♦ École du Rucher (CS des Premières-Seigneuries)    

  •  7 $ / midi  
  •  1260 $ / année    

♦ École du Harfang-des-Neiges (CS des Premières-Seigneuries)    

  •  8 $ / midi  
  •  1440 $ / année    

*180 jours de classe  

Le ministère doit revoir le financement de la garde scolaire, dit un organisme  

L’Association québécoise de la garde scolaire (AQGS) demande au ministère de l’Éducation une révision du financement des services de garde dans son ensemble.  

«L’école a changé depuis la mise en place du modèle de financement de la garde scolaire en 1997. Il y a plus d’enfants qui fréquentent les services de garde», affirme Diane Miron, directrice générale de l’AQGS.  

En 2017-2018, on dénombrait 247 233 élèves utilisateurs à statut régulier et 101 894 à statut sporadique.  

Les élèves à statut sporadique (+28,4 %) ont augmenté plus rapidement que ceux à statut régulier (+19,5 %) par rapport à 2012-2013.  

Pourtant, l’allocation de fonctionnement de base repose essentiellement sur le nombre d’élèves à statut régulier inscrits et présents au 30 septembre de chaque année.  

Revoir le financement  

Pour l’AQGS, il apparaît nécessaire de revoir les règles de financement de base des services de garde.  

«En CPE, par exemple, le parent paie 8,35 $ par jour, mais il a droit à un service continu toute la journée. L’enfant reçoit des collations et un dîner. C’est dans cet esprit-là que l’on souhaite que le ministre réfléchisse à ce que l’on souhaite pour soutenir les parents. C’est un incontournable aujourd’hui», ajoute Mme Miron.  

Dans un mémoire présenté au gouvernement, l’AQGS soutient que l’accès aux services de garde devrait être gratuit pour les familles, au même titre que les autres services de l’école publique.  

«L’Association est prête à reconnaître que nous n’en sommes pas encore là, mais si l’on veut concevoir l’école publique et universelle comme un milieu inclusif [...], cette complémentarité doit être reconnue et la tarification doit être conçue de manière à réduire le plus possible les barrières d’accès et à favoriser la qualité des services.»  

Plus de transparence  

L’Association est d’avis qu’une plus grande transparence dans la gestion budgétaire des services de garde est souhaitable et nécessaire, afin d’assurer une plus grande imputabilité vis-à-vis de l’utilisation des allocations gouvernementales dédiées à la garde scolaire et des sommes perçues auprès des parents.  

«Actuellement, le budget de la garde scolaire est la plupart du temps fondu dans le budget global de l’école», déplore l’AQGS qui reconnaît que la disparité est encore plus grande pour les élèves qui fréquentent le service de garde de façon sporadique.