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Le «point de rupture» de Fredette

L’homme qui a tué sa conjointe et un aîné témoignera pour convaincre qu’il s’agit d’homicides involontaires

Le «point de rupture» de Fredette
Illustration Delf Berg

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SAINT-JÉRÔME | Ugo Fredette a bel et bien tué sa conjointe et un aîné, mais il avait atteint un « point de rupture » en raison du dénigrement de sa conjointe, a affirmé son avocat en confirmant que l’accusé prendra la barre des témoins.

« Aujourd’hui, on ne vous demande pas de blanchir M. Fredette, mais de l’acquitter de meurtre et de le condamner pour homicide involontaire, car sans volonté ni intention, il ne peut être condamné pour meurtre », a lancé Me Louis-Alexandre Martin au jury, jeudi au palais de justice de Saint-Jérôme.

Après avoir entendu la preuve de la Couronne, les 12 jurés ont commencé à entendre celle de la défense, qui réfute la théorie que l’accusé de 43 ans a commis deux meurtres au premier degré.

Et pour prouver ses dires, Fredette s’expliquera en témoignant.

Dans son exposé d’ouverture, Me Martin a expliqué que Fredette et sa conjointe Véronique Barbe se connaissaient depuis le primaire. Il l’aimait déjà, mais pour Mme Barbe, « c’était moins clair », a-t-il dit.

Fredette et Véronique Barbe se connaissaient depuis le primaire, mais ils ont formé un couple bien des années plus tard.
Photo tirée de Facebook
Fredette et Véronique Barbe se connaissaient depuis le primaire, mais ils ont formé un couple bien des années plus tard.

Des années plus tard, ils ont formé un couple et ils avaient même acheté une maison ensemble, à Saint-Eustache, sur la Rive-Nord.

Ce qui arrangeait bien la femme, a expliqué l’avocat en laissant entendre qu’elle profitait de son conjoint.

« Elle avait une maladie chronique, et Ugo l’aidait, pour les rendez-vous, les courses », a affirmé Me Martin.

Dénigrement

Sauf qu’elle aurait alors commencé à « le dénigrer, à parler de lui en mal », a poursuivi l’avocat en racontant que Fredette ne disait rien et endurait le tout, par amour, mais aussi parce qu’après les disputes, le couple se réconciliait en ayant des relations sexuelles.

« Elle tient Ugo par le sexe : l’intensité sexuelle, il est accroc à ça », a-t-il dit, en soulignant que Fredette « emmagasinait » sa colère au fond de lui.

Le « point de rupture » de Fredette serait toutefois survenu le 14 septembre 2017, lorsque la femme lui aurait annoncé leur séparation. Une dispute aurait alors éclaté, au point où Mme Barbe aurait tenté de poignarder son conjoint.

Ugo Fredette a tué sa conjointe dans leur résidence de Saint-Eustache le 14 septembre 2017.
Photo courtoisie de la cour
Ugo Fredette a tué sa conjointe dans leur résidence de Saint-Eustache le 14 septembre 2017.

« Toute son énergie emmagasinée, les railleries, le dénigrement, tout ça va sortir, a affirmé Me Martin. Il voit noir, il snape, sa mémoire vient en flash. Quand il revient à lui, Véronique est au sol. »

Sang sur les mains

À ce moment, un enfant de 6 ans était présent sur place. Fredette aurait alors « capoté » et pris le petit avec lui pour partir en cavale, afin de le protéger, selon l’avocat.

Après avoir tué sa conjointe, l’accusé a pris la fuite avec un enfant de 6 ans, à bord de sa camionnette blanche.
Photo courtoisie de la cour
Après avoir tué sa conjointe, l’accusé a pris la fuite avec un enfant de 6 ans, à bord de sa camionnette blanche.

« Il était dans un désordre émotif », a expliqué la défense.

Fredette aurait alors conduit jusqu’à une halte routière de Lachute, où il a tué Yvon Lacasse, car il aurait cru que le septuagénaire voulait enlever l’enfant.

Lors de sa cavale, il a tué Yvon Lacasse.
Photo d'archives
Lors de sa cavale, il a tué Yvon Lacasse.

Il se serait ensuite débarrassé du corps de l’aîné dans un boisé.

« Plus tard, Fredette a réalisé que l’enfant avait du sang sur les mains, il allume et comprend que c’est sûrement pour ça que monsieur tirait l’enfant, a ajouté l’avocat. C’est d’une tristesse sans nom. »

M. Lacasse a été retrouvé six jours plus tard. Sa dépouille était dans un état de putréfaction avancée avec une partie des jambes manquantes, fort probablement arrachées par des animaux.

« Bouclier humain »

Sachant qu’il allait se faire attraper par la police, l’accusé aurait alors décidé d’emmener l’enfant à Niagara Falls. C’est pour cela qu’il se serait dirigé vers l’Ontario, où il a finalement été localisé.

Selon des témoins, alors qu’il était tenu en joue par les policiers, Fredette aurait utilisé l’enfant comme « bouclier humain ». Mais le but était de se faire abattre, a assuré Me Martin.

« Il était dans un cauchemar éveillé, il savait que c’était fini », a-t-il conclu.


► Le procès, présidé par la juge Myriam Lachance, se poursuit vendredi avec les témoins de la défense. Steve Baribeau, Karine Dalphond et Alexis Marcotte-Bélanger représentent la Couronne.