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Greta

Greta
AFP

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Elle est partout depuis quelques semaines, quelques mois. Greta en est venue à personnifier le combat contre les changements climatiques, ou la lutte pour le respect des Accords de Paris sur le climat (2015). Cette notoriété soudaine, j’imagine, a de quoi rendre jaloux ceux qui luttent depuis quelques décennies contre ce fléau des temps modernes. Pourquoi elle et pas nous, semble-t-on dire? Et on en vient à inventer toute sorte de complots derrière la montée de cette star de l’anti-pollution. Des puissances obscures sont derrière elle et la manipulent, entend-on sur les réseaux sociaux. Le milliardaire George Soros l’utiliserait. 

Moi je me dis : peu importe qui porte le flambeau aujourd’hui et qui l’a porté hier, l’important c’est qu’une réelle prise de conscience est en train de se produire à travers la planète. Peu m’importe que cette lutte contre le réchauffement planétaire profite aux « capitalistes verts » pourvu qu’on réussisse à atteindre nos objectifs de réduction à moyen terme. 

C’est vrai, notre combat, aussi noble soit-il, est plein de contradictions et en même temps, on ne doit pas s’empêcher de respirer et de vivre. Bien sûr, certains dénoncent l’hyper dramatisation, l’hyper culpabilisation, l’alarmisme. La mire n’est pas toujours bien ajustée et souvent « on visa le noir et tua le blanc, c’est-à-dire qu’il arrive que dans l’énervement, on rate sa cible, parce que les tirs arrivent de partout. 

On ne veut surtout pas se sentir coupable, juste un petit peu, seulement un petit peu, lorsqu’on croque dans un fruit (banane, kiwi, mangue, etc.) venu de lointaines contrées plutôt que dans une pomme du verger d’à côté, lorsqu’on laisse allumées toutes les lumières, par paresse ou négligence, lorsqu’on laisse le moteur de l’auto tourner, en hiver surtout, lorsque le robinet coule et coule sans bon sens, oubliant que 2,1 milliards de personnes sur la planète vivent sans accès à de l’eau potable, dont certaines communautés autochtone près de chez nous. Suprême contradiction : On a même publié une photo de Greta mangeant une banane, alors que les bananes ne poussent pas en Suède. 

Qu’une jeune fille, une enfant presque, sonne l’alarme ne peut être que de bon augure. On a créée, avec Greta, une commotion planétaire et c’est tant mieux. Même ma fille de neuf ans la connaît désormais, mais surtout elle connaît ses préoccupations qui sont devenues les siennes. À son âge, je n’avais pas ce genre de préoccupation, je ne me sentais pas responsable du sort de la planète, je n’éprouvais pas que mon destin était lié à celui de tous les autres habitants de la Terre. En réponse à quelqu’un dans sa classe qui lui disait qu’il est trop tard parce que la planète est déjà détruite, elle lui a répondu : « S’ils ont réussi à détruire la planète, nous a va bien réussir à la construire de nouveau. » On est loin de la fin du monde. 

Ne serait-ce que pour cela, parce que désormais des milliers d’enfants se disent préoccupés par les changements climatiques, par la pollution, par le recyclage, par la consommation à outrance, je dis, moi, que Greta a réussi. 

Pendant que nous serons en train de manifester dans nos rues, en toute sécurité, au sud, en Colombie et au Pérou, entre autres, des autochtones qui militent, eux aussi, pour la protection de leurs terres, sont tués impunément tous les jours. Ça aussi, il faut le dénoncer.