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L’opinion publique américaine de plus en plus réceptive à la destitution de Trump

L’opinion publique américaine de plus en plus réceptive à la destitution de Trump
AFP

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Les premiers sondages publiés suite au dévoilement de l’affaire ukrainienne montrent que l’opinion publique penche désormais de plus en plus en faveur d’un processus pouvant mener à la destitution du président Trump.  

Avant mardi dernier, quand la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi a annoncé l’intention de son parti de tenir une enquête formelle pouvant mener à la destitution du président Trump, l’opinion publique était plutôt froide à l’idée de démarrer ce processus. Plus maintenant. L’affaire ukrainienne a entraîné un virage dans l’opinion. Ce virage est loin de garantir que suffisamment de sénateurs républicains pourront être convaincus de destituer le président à l’ultime étape du processus, mais c’est un premier pas.   

En avril dernier, les démocrates espéraient que la publication du rapport Mueller ferait pencher l’opinion en faveur d’une enquête formelle. Même si le rapport présentait des preuves crédibles d’entraves à la justice, celles-ci étaient enterrées dans un document opaque et le président Trump et son équipe ont gagné la bataille des communications. Devant une opinion publique qui hésitait à appuyer un processus de destitution, Nancy Pelosi a refusé d’endosser l’option de «l’impeachment».    

Feu vert à l’ouverture du processus  

L’affaire Trump-Zelensky a complètement changé la donne. Voici un bref aperçu de quelques sondages parmi les plus récents. Un sondage Yougov/HuffPost mené entre mardi soir et jeudi matin indique que 47% sont en faveur de l’ouverture d’une enquête en destitution, alors que 39% y sont opposés. Comme le graphique suivant le montre, c’est un écart significatif de la tendance des mois précédents.   

Selon les sondages de la firme Morning Consult publiés sur le site Politico, l’annonce de l’ouverture de l’enquête a fait augmenter l’appui au processus de destitution de sept points, de 36% à 43%. C’est le niveau d’appui le plus élevé enregistré par cette firme, qui mesure toutefois un niveau d’opposition équivalent.    

La destitution a encore une pente à remonter  

D’autres coups de sonde donnent lieu à des interprétations plus prudentes, mais qui vont dans le même sens. Un sondage Quinnipiac pose une question plus dure en demandant si le président devrait être mis en accusation (impeached) et démis de ses fonctions (removed from office). À cette question, 37% répondent par l’affirmative et 57% s’opposent. Toutefois, plusieurs entrevues précédaient la publication des principales pièces incriminantes contre le président. De plus, la firme a enregistré un bond de huit points (de 29% à 37%) des réponses favorables depuis son dernier sondage, ce qui dénote un mouvement important.   

Évidemment, il y a d’énormes différences entre l’opinion des électeurs affiliés au Parti démocrate et ceux qui s’identifient aux républicains. Les indépendants sont beaucoup plus partagés et encore hésitants, mais il sera intéressant d’observer leur mouvement dans les prochaines semaines, alors que la couverture médiatique de l’affaire s’intensifiera. À ce sujet, il faut noter qu’une proportion appréciable des Américains a encore peu ou pas entendu parler du fameux appel téléphonique entre Trump et le président ukrainien. Toutefois, quand on demande si les gestes reprochés à Donald Trump sont répréhensibles, la majorité (52%) répond que oui, alors que seuls 23% n’y voient rien de mal (sondage Yougov).     

Le précédent du Watergate  

Quand on considère la trajectoire possible de l’opinion publique suite aux premiers balbutiements de l’affaire qui sera au cœur de l’enquête et du processus de destitution, il peut être utile de se rappeler l’épisode du Watergate. Peu après l’ouverture des enquêtes au Congrès sur les agissements du président Nixon, une très faible proportion de l’opinion (19%) appuyait la destitution. Par contre, la diffusion en direct des audiences du Congrès et les révélations successives de nouveaux faits incriminants ont graduellement poussé l’opinion publique jusqu’au point de non-retour qui a forcé le président Nixon à démissionner en août 1974. Cette compilation sommaire des sondages illustre bien ce mouvement (Andrew Kohut, «How the Watergate crisis eroded public support for Richard Nixon», Pew Research Center, 8 août 2014).   

Il est évidemment impossible de dire si la même dynamique prévaudra dans le cas de l’enquête sur les agissements du président Trump, mais si les témoignages qui se succéderont sont convaincants, il est fort probable que l’opinion évolue dans le sens de réclamer la destitution du président. Cette progression entraînerait-elle la démission de Donald Trump? On a de bonnes raisons d’en douter, mais la vraie question est de savoir si l’évolution de l’opinion affectera l’appui indéfectible dont il bénéficie jusqu’à maintenant parmi les républicains du Congrès, mais qui pourrait s’effondrer si les sénateurs républicains jugent que le coût politique d’appuyer leur président dépasse celui de voter en faveur de la destitution. Comme 18 des 51 sénateurs républicains (en plus des quelques démocrates élus dans des États favorables à Trump) doivent en venir à cette conclusion, le mur à franchir est énorme. Il est toutefois moins difficile d’imaginer que suffisamment d’électeurs abandonnent le président dans les prochains mois pour compromettre sérieusement sa réélection.   

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