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La tentation du divan

La CAQ est solidement implantée au pouvoir. Le danger qui la guette, c’est le confort trop grand qui vient avec cela.
Photo Agence QMI, Simon Clark La CAQ est solidement implantée au pouvoir. Le danger qui la guette, c’est le confort trop grand qui vient avec cela.

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La CAQ a été élue pour faire des réformes. C’est toujours la raison fondamentale qui encourage une population à essayer un nouveau parti et à délaisser ceux qui avaient gouverné pendant des décennies. Un an après son élection, la CAQ est solidement installée au pouvoir. Au point d’y retrouver un confort dangereux.

La solidité de la position de la CAQ vient d’un pur exploit. François Legault aura consolidé dans la dernière année la position stratégique qui l’a fait élire : nationalisme et compétence économique. Cette combinaison constitue un très solide pilier dans l’opinion publique.

Dans le demi-siècle précédent, la guerre politique des perceptions entre libéraux et péquistes se jouait à peu près ainsi : les libéraux jouissaient de la crédibilité économique ; les péquistes avaient la crédibilité nationaliste. Les libéraux ont eu beau poser certains gestes nationalistes, le PQ a eu beau être dirigé par des chefs compétents en économie, ces perceptions de base sont demeurées.

Le meilleur des mondes

Un an après son élection, force est de constater que la CAQ a volé l’étiquette de champion économique aux libéraux et l’étiquette de champion nationaliste aux péquistes. Et c’est pour cette raison que la CAQ trône tellement en avance dans les sondages. Aux cartes, on dirait que la CAQ a réussi à ramasser dans sa main tout l’atout et tous les as. Dur à battre.

Chose encore plus rassurante pour la CAQ, ses principaux adversaires semblent prêts à céder leurs thèmes privilégiés pour partir à la chasse aux votes climatiques. Sur ce terrain, ils vont concurrencer Québec solidaire qui ne parle plus que de changements climatiques. Mais pour un électorat plus modéré, ils laissent tout le terrain à la CAQ.

Alerte ! Danger !

Il y a néanmoins un danger. Être aussi confortablement installé au pouvoir peut vite se comparer à être confortablement avachi dans le fond d’un canapé moelleux. Ce qu’on est bien ! Est-ce qu’on a vraiment le goût dans cette position d’entreprendre des réformes ?

Les élus sous la bannière de la CAQ pourront-ils maintenir le cap sur leur mandat de brasser la cage ? Réformer les commissions scolaires, réduire la taille de la fonction publique, en assurer l’efficacité, tout cela fait des mécontents. Est-ce que la CAQ est prête à avoir des gens dans la rue et à leur tenir tête ? Il sera tentant de se dire que c’est plus confortable de ne rien faire et de surfer sur la popularité. Une réélection pourrait paraître facile.

Ce danger est terrible et en a coulé d’autres. Rester au pouvoir avec comme seul et unique but celui de se maintenir au pouvoir coulerait la CAQ. Lorsqu’un parti glisse dans ce fossé, on connaît la suite.

On gouverne à la petite semaine, on nomme ses copains à des postes clés, on distribue les contrats avec une tentation toujours grandissante d’aider un ami.

Le meilleur vaccin contre cette paresse, c’est le courage de prendre les décisions pour la majorité silencieuse qui les a portés au pouvoir avec beaucoup d’espoir.