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Le nationalisme, loin de nous éloigner de l’indépendance, nous y conduit

La fierté ne suffira pas

Le nationalisme, loin de nous éloigner de l’indépendance, nous y conduit
Photo Simon Clark

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Dans un entretien accordé au Journal de Montréal , François Legault affirme avec raison que l’élection de son gouvernement a permis à la majorité historique francophone de retrouver la place centrale qu’elle n’aurait jamais dû perdre dans notre vie politique. Sur le plan symbolique, ce retour est majeur: depuis une vingtaine d’années, on la traitait plutôt comme un résidu historique empêchant par sa fermeture à la diversité la construction d’une société véritablement inclusive. Le multiculturalisme canadien travaillait (et travaille encore) à l’arracher à sa propre histoire pour en faire une communauté parmi d’autres dans un pays où nous serions tous des immigrants. Et une bonne partie de la classe politique québécoise, incluant les souverainistes, faisait elle-même l’impasse sur la majorité historique francophone, comme si la nation québécoise, pour être légitime, devait s’en décentrer et se refonder sur autre chose que son expérience historique. En d'autres mots, les souverainistes préféraient fabriquer une nation imaginaire passant le test de l'idéologie diversitaire plutôt que de reconnaître que la majorité historique francophone représentait le fondement irremplaçable du peuple québécois.

Il fallait donc revenir au réel. La loi 21 a confirmé que le nationalisme caquiste n’était pas illusoire. De même, la posture offensive du gouvernement Legault dans le cadre des présentes élections fédérales contribue à concrétiser ce retour au nationalisme. Ce nationalisme bien réel demeure toutefois bien timide lorsque vient le temps de réduire les seuls d’immigration, sauf de manière cosmétique. Le gouvernement Legault semble oublier que l’immigration massive est l’instrument de prédilection du régime fédéral et de ceux qui le servent au Québec pour diminuer le poids démographique de la majorité historique francophone, ce qui n’est pas sans conséquences politiques évidentes, comme on le voit quand on s’intéresse à l’évolution électorale de Montréal et de Laval. Au fil des ans, le nombre de circonscriptions protégées du PLQ ne fait qu’augmenter. Un jour viendra où l’élection d’un gouvernement nationaliste sera pratiquement impossible. La CAQ devrait se réveiller en la matière, et cela, dans son propre intérêt. Il n'est pas le premier, toutefois, à s'aveugler en la matière: depuis 1995, les souverainistes ont aussi décidé de se soumettre à la rectitude politique plutôt que de la confronter.

Mais ne contestons pas l’évidence: le gouvernement Legault a redonné vie politiquement au peuple québécois. Il a réveillé la fierté québécoise. Cela dit, François Legault se trompe, lorsqu’il affirme qu’une défense décomplexée du peuple québécois contribuera à l’éloigner définitivement de l’indépendance. Dans son entretien au Journal, il explique ainsi que la question de la souveraineté s’éloignera d’autant plus que les Québécois se sentiront respectés et protégés dans leur identité. Je le cite: «[la question nationale] va se poser beaucoup moins. C’est certain que les gens, actuellement, ne veulent pas entendre parler de la souveraineté du Québec. Et c’est sûr qu’en faisant des gains pour protéger notre identité, ça va être encore moins d’actualité». Mais il n’a certainement pas échappé à François Legault que le Québec est toujours membre de la fédération canadienne et que cette dernière demeure fondée sur l’idéologie multiculturaliste et que cette dernière est inscrite dans une constitution verrouillée à double tour. Il n’a certainement pas échappé non plus à François Legault que le poids du Québec n’a jamais cessé de régresser au Canada. Et je devine que François Legault a constaté récemment que le pouvoir ne disposait pas de tous les pouvoirs nécessaires à la défense de son identité puisqu’il a dû en réclamer de nouveaux à Ottawa. Aime-t-il avoir à quémander à Ottawa ce qu’il juge nécessaire pour notre avenir national?

En d’autres mots, même si le gouvernement en place à Québec est clairement nationaliste, la position structurelle du Québec dans la fédération est toujours aussi désavantageuse et les rodomontades des politiciens ne pourront pas grand-chose contre un régime programmé pour nous neutraliser comme peuple et nous canadianiser mentalement une fois pour toutes. Et il ne suffira pas d’afficher sa fierté québécoise pour renverser la tendance. En fait, plus le Québec s’affirmera collectivement dans la fédération, plus prendra forme une crise de régime. On le voit avec la laïcité. Elle crée une tension fondamentale avec le régime canadien. Avec la loi 21, le Québec a rompu avec le multiculturalisme canadien, mais le régime canadien cherchera à réaffirmer clairement sa souveraineté sur notre peuple pour le faire rentrer dans le rang. Et plus le Québec agira comme une nation à part entière, plus le régime canadien se braquera et cherchera à le mater. Il suffit que les Québécois rappellent qu’ils sont une nation pour que le Canada y voit une manifestation de suprémacisme ethnique. C’est pourquoi il me semble évident que le nationalisme, loin de nous détourner de l’indépendance, nous y ramène inévitablement, car il nous ramène sur les fondements historiques de la question nationale. Cela n’arrivera pas demain. Mais la dynamique est enclenchée. Tôt ou tard, il faudra l’assumer.