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À peine libre, encore arrêté pour proxénétisme

Un rappeur est accusé d’avoir forcé la même victime à se prostituer

Pour un vidéoclip diffusé sur internet cet été, Tommy Agnant-Perreault s’est filmé devant le centre de détention Rivière-des-Prairies, où il venait de séjourner.
Photo Courtoisie Pour un vidéoclip diffusé sur internet cet été, Tommy Agnant-Perreault s’est filmé devant le centre de détention Rivière-des-Prairies, où il venait de séjourner.

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À peine sorti de prison pour avoir exploité une jeune femme, un rappeur aurait à nouveau forcé sa victime à se prostituer et à lui remettre tous ses gains.  

Tommy Agnant-Perreault est sorti de prison le 25 juin dernier, après avoir passé un an et demi à l’ombre pour des accusations liées au proxénétisme.  

Mais sa liberté fut de courte durée. Le 10 septembre, il s’est fait passer les menottes aux poignets par les policiers de Longueuil parce qu’on le soupçonne d’avoir forcé sa même victime à se prostituer à nouveau. Il est maintenant accusé de proxénétisme, traite de personne, agression armée, menaces, mais aussi de bris d’ordonnance et de non-respect de ses conditions.  

En fait, Agnant-Perreault n’aurait même pas attendu une journée pour retomber dans ses vieilles habitudes. À sa sortie de prison, il serait allé vivre chez sa victime, même s’il lui était formellement interdit d’entrer en contact avec cette dernière, a-t-on appris, lors de son enquête sur remise en liberté au palais de justice de Longueuil. 

Le clip aurait en partie été filmé dans le logement de la victime, en compagnie d’individus avec lesquels il ne pouvait pas se trouver.
Photo courtoisie
Le clip aurait en partie été filmé dans le logement de la victime, en compagnie d’individus avec lesquels il ne pouvait pas se trouver.

Rappeur à ses heures, il a aussi filmé un vidéoclip dont plusieurs scènes sont filmées dans un logement, qui s’avère être celui de la victime, a dit en cour  

Me Ève Malouin, procureure de la Couronne au dossier. Agnant-Perreault étend sur une table de l’argent et est assis aux côtés d’individus avec lesquels il lui était interdit d’être en contact, a-t-elle ajouté.  

Vidéo incriminante

Le vidéoclip débute alors qu’une jeune femme inconnue lui donne une liasse d’argent, ainsi que les clés d’une BMW, avant de lui mettre des colliers dorés autour du cou.
Photo courtoisie
Le vidéoclip débute alors qu’une jeune femme inconnue lui donne une liasse d’argent, ainsi que les clés d’une BMW, avant de lui mettre des colliers dorés autour du cou.

D’autres scènes sont filmées devant la prison de Rivière-des-Prairies, d’où il venait d’être libéré. On y voit une jeune femme inconnue sortir d’une BMW, lui donner une liasse de billets d’argent et lui mettre des colliers dorés autour du cou.  

Et le rappeur «a eu l’audace» de diffuser cette vidéo incriminante en ligne à la fin du mois de juillet, a déploré la procureure.  

Cette dernière a aussi expliqué au tribunal que la colocation entre l’accusé et la jeune femme aurait vite dégénéré cet été. Agnant-Perreault aurait été contrôlant et en aurait profité pour l’isoler, a-t-elle expliqué.  

Lors d’une banale dispute, l’accusé aurait même lancé une chaise en direction de sa copine, qui a pu l’éviter de justesse. Il l’aurait menacée de mort après qu’elle se soit réfugiée dans la salle de bains, a détaillé la procureure. Il s’ensuivit une séparation, mais l’accusé aurait servi un avertissement à la jeune femme : elle a une dette envers lui. Selon lui, elle lui devait plus d’un an et demi de salaire pour le temps qu’il venait de passer en détention par sa faute, a résumé Me Malouin.  

Toutes dépenses payées  

C’est pourtant elle qui payait pour tout : le logement, les comptes et même la rutilante BMW de l’accusé, la même qu’on aperçoit dans le vidéoclip.  

Elle lui aurait même versé de l’argent pendant qu’il était en prison l’an dernier, pour sa cantine. Selon la poursuite, la jeune femme faisait alors des clients rencontrés via un site d’escortes. Au début, l’accusé et elle auraient convenu de se partager 50 % de ses revenus.  

Mais rapidement, l’homme se serait mis à lui « demander des comptes », en notant les montants qu’elle rapportait chaque semaine. Elle aurait ensuite été contrainte à lui remettre 100 % de ses gains.  

Lors de cette audience, l’accusé a échoué dans sa tentative pour obtenir sa libération dans l’attente de son procès.

La présumée victime intervient pour que l’accusé soit libéré  

Au moment où le tribunal devait décider si le jeune homme accusé de proxénétisme pouvait recouvrer sa liberté dans l’attente des procédures, sa présumée victime s’est pointée au palais de justice pour y faire une scène et réclamer de retirer sa plainte.  

Pour la Couronne, c’est l’illustration de l’emprise qu’aurait l’accusé sur la jeune femme, laquelle a aussi déjà fait faux bond aux policiers dans un autre dossier lié à du proxénétisme.  

Un mensonge  

La semaine dernière, Tommy Agnant-Perreault subissait son enquête sur remise en liberté. La plaignante au dossier s’est présentée en panique à l’audience au palais de justice de Longueuil, et ce, même si elle n’était pas convoquée.  

«J’ai menti. Je l’ai fait pour me venger de lui, puisqu’il m’a trompée. Je regrette ce que j’ai fait, car il a perdu du temps de qualité», a-t-elle déclaré.  

Pour l’avocate de la défense, Me Élizabeth Ménard, la preuve amassée contre son client dans ce dossier est plus que « faible », sachant maintenant que la plaignante renonce à témoigner contre lui. Elle jugeait que sa détention préventive n’était donc pas nécessaire.  

Pour sa part, la poursuite a soutenu qu’il est important « pour la sécurité du public, pour éviter qu’il n’y ait d’autres victimes et pour protéger la victime d’elle-même » que l’accusé reste incarcéré dans l’attente de son procès.  

Me Ève Malouin a ajouté que plusieurs éléments de preuve corroborent la version offerte par la plaignante aux enquêteurs de Longueuil, notamment des messages textes entre l’accusé et elle.  

La juge Anne-Marie Jacques a indiqué qu’à cette étape-ci des procédures, ce n’est pas son rôle de déterminer si la jeune femme est crédible ou non lorsqu’elle prétend avoir tout inventé, ajoutant malgré tout que, selon elle, «elle ne l’est pas».  

Elle a tranché que Tommy Agnant-Perreault devait rester détenu d’ici son procès, en raison de sa tendance à bafouer les ordres de la cour. Il a en effet accumulé neuf bris de conditions en un an, a-t-elle insisté.  

La procureure de la Couronne a demandé à ce qu’une nouvelle condition de ne pas contacter la victime soit imposée à l’accusé, ce à quoi la juge a consenti.