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L’Ukraine, carrefour de toutes les magouilles

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Photo AFP Volodymyr Zelensky, président ukrainien depuis mai dernier.

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Il n’est pas impossible – c’est très loin d’être fait, mais ce n’est pas impossible – que l’orageuse présidence de Donald Trump dérape une fois pour toutes sur un simple appel téléphonique placé en Ukraine. L’Ukraine ! De tous les pays ! Pas la Russie, la Chine, l’Iran ou la Corée du Nord. L’Ukraine, le deuxième plus grand pays d’Europe et probablement le plus mal en point.

Méchants « badluckés », les Ukrainiens ! Sorti bringuebalant de l’empire soviétique au début des années 90, leur pays a été assailli par les vautours de la corruption, au point d’en faire un des plus pauvres pays du continent. Seule la minuscule Moldavie avec ses 3,5 millions d’habitants est plus amochée ; pas de quoi s’en réjouir.

On est venu de partout faire fortune sur son dos. Les Russes lui ont volé un bout de territoire et continuent de fomenter le trouble dans l’est du pays. Les Américains ont joué aux grands frères démocrates et ont empoché des millions de dollars au fil des ans. Les Européens lui fournissent de l’aide, mais eux aussi ont leurs intérêts à cœur.

Il faut dire que l’Ukraine était vouée à attirer aventuriers et autres magouilleurs. Le pays n’est pas à la frontière, il est LA frontière entre l’Union européenne et la Russie, tout comme entre l’OTAN et la Russie. Il se partage entre l’Église orthodoxe et l’Église catholique et est disloqué jusque dans les mots qu’il emploie : à l’est, en cyrillique, à l’ouest, l’alphabet latin.

TOUS LES AMIS POSSIBLES

Il y a déjà un moment que l’Ukraine fait partie du vocabulaire politique de Donald Trump. Avant de piloter sa campagne présidentielle à l’été 2016, Paul Manafort s’était acoquiné pendant des années avec Viktor Yanukoych, président ukrainien déchu, réhabilité grâce aux efforts de Manafort, puis « re-chassé » du pouvoir en 2014 dans un grand balayage anticorruption. Entre-temps, Manafort avait encaissé des dizaines de millions de dollars.

À l’autre extrémité des intrigues d’enrichissement, on croise Hunter Biden, le fils de l’ancien vice-président de Barack Obama. Il a reçu au moins 850 000 dollars en siégeant au conseil d’administration d’une compagnie ­gazière ukrainienne qui avait besoin de conseils pour redorer son image.

Hormis d’être le fils de l’autre, Hunter Biden n’avait aucune expertise dans le domaine. Rien ne prouve toutefois qu’il ait fait quoi que ce soit d’illégal. Cela dit, 850 000 dollars, ce n’est pas du « pocket change ». Comportement louche ou non, l’actuel président ukrainien, Volodymyr Zelensky, peut difficilement se mettre à dos qui que ce soit et encore moins Donald Trump.

ÊTRE PRÉSIDENT PLUTÔT QUE D’EN JOUER UN

Zelensky, un comédien qui n’avait comme expérience politique que d’avoir joué le rôle d’un président à la télé ukrainienne, a été élu en avril dernier grâce à un programme de lutte à la corruption. Il fait des efforts depuis son arrivée au pouvoir pour atténuer les tensions avec le géant russe à ses portes, mais la réalité est plus complexe que les scénarios qu’on lui livrait il y a quelques années à peine.

Les séparatistes russes dans l’est de l’Ukraine refusent toujours de revenir dans le giron de Kiev et continuent de profiter de l’arsenal que lui procure Moscou. Vladimir Poutine aussi s’obstine, lui qui a mis la main sur la péninsule de Crimée en 2014 et qui compte y rester même si l’économie russe croupit sous les sanctions imposées et constamment renforcées au cours des cinq dernières années. Volodymyr Zelensky commençait tout juste à faire progresser son pays sur le chemin de la justice et de l’honnêteté. Malheureusement pour lui, la réputation de l’Ukraine a pâti de son retour explosif dans l’actualité américaine. Et avec la destitution du président Trump dans leur ligne mire, attendez-vous à ce que les démocrates rongent l’os ukrainien jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien.

42,4 millions d’habitants, sans inclure la Crimée

  • Ukrainiens 77 %
  • Russes 17 %
  • Orthodoxes 67 %
  • Catholiques 10 %

ESPÉRANCE DE VIE

  • Hommes 66,7 ans
  • Femmes 76,5 ans

Les plus grands pays d’Europe (à l’exception de la Russie)

  1. Ukraine
  2. France
  3. Espagne
  4. Suède
  5. Allemagne

Les pays les plus pauvres d’Europe

  1. Moldavie
  2. Ukraine
  3. Albanie
  4. Bosnie-Herzégovine
  5. Macédoine

Les plus corrompus en Europe (selon Transparency International, 2018)

  1. Ukraine
  2. Moldavie
  3. Albanie
  4. Macédoine
  5. Bosnie-Herzégovine