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Collège Esther-Blondin à Saint-Jacques
Photo Johany Jutras Le jour où le ministère de l’Éducation aura compris, les élèves comprendront !

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L’Institut du Québec (IQ) a publié une étude alarmante sur la qualité de l’enseignement et la pénurie d’enseignants. Comme à l’habitude, on dramatise les carences de notre système d’éducation, mais on oublie qu’il figure parmi les meilleurs au monde, même s’il doit être amélioré.

Tout en étant conscient que l’analyse de l’IQ relève plus de l’opinion des auteurs que de considérations scientifiques, la note sur le manque de suivi du ministère de l’Éducation est plus que pertinente. Dix ans après l’instauration de la réforme en 2008, le ministère ne disposait d’aucun indicateur pour mesurer une quelconque amélioration, et en 2019, les indicateurs fiables font encore défaut. Pourtant, le nombre d’élèves en difficulté a doublé, mais le ministère ne bronche pas.

Pourquoi ?

L’effet enseignant

Les auteurs déplorent que les facultés d’Éducation ne réussissent pas à attirer les meilleurs étudiants. Ils établissent une corrélation entre cet état de fait et le taux de diplomation famélique et stagnant, ramenant ainsi la réussite à la seule responsabilité de l’enseignant. S’il est vrai qu’on ne peut minimiser l’influence des enseignants sur la réussite éducative, il serait erroné de sous-estimer les conditions socioéconomiques des élèves sur celle-ci ainsi que les incongruités du programme de formation imposées aux enseignants. Bien que les facultés d’éducation n’aient pas reçu les étudiants aux cotes « R » les plus fabuleuses, elles ont tout de même contribué à former des pédagogues qui ont maintenu notre réseau d’éducation à flot dans un environnement difficile.

Poursuivant avec sa conviction que la réussite passe strictement par la qualité des enseignants, l’IQ met de l’avant l’idée d’aller puiser dans les autres facultés universitaires pour régler la pénurie d’enseignants en offrant une formation pédagogique accélérée aux étudiants intéressés. Loin d’être innovatrice, cette solution ramène le sempiternel débat entre le pédagogique et le disciplinaire. Pire, elle laisse croire que le décrochage au secondaire est dû au manque de connaissances de leur matière par les enseignants. Les auteurs semblent ignorer que le décrochage s’amorce dès le début du primaire.

Pour avancer

L’IQ voudrait que le ministère mise sur l’essentiel, mais il s’égare dans des méandres qui ne se rapprochent pas des solutions pour améliorer la réussite éducative.

En priorité, c’est la révision du programme de formation qui s’impose pour endiguer la flambée d’élèves en difficulté. Ce serait fait depuis longtemps si le ministère avait procédé à des évaluations régulières. Quant au recrutement de meilleurs étudiants, il faudrait compter sur une sérieuse revalorisation de la profession et reconnaître aux enseignants un statut social équivalent à celui des enseignants finlandais ou des médecins québécois, pour ne citer que ces deux exemples du rapport. Par ailleurs, l’amélioration de la rémunération ne devrait pas être sous-estimée comme pouvoir d’attraction à la lumière du traitement des enseignants des autres provinces. Finalement, une formation universitaire qui prépare mieux à accompagner les élèves en difficulté et un mentorat dans les premières années de carrière s’ajoutent à l’essentiel.