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La convergence Bloc-CAQ: la voie de l’avenir

Yves-François Blanchet
Photo Journal de Québec Yves-François Blanchet

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Le Bloc québécois a le vent dans les voiles depuis le début de la campagne électorale. Pas sur l'île de Montréal, qui appartient aux Anglos et aux libéraux, ni à Québec, dominée par les conservateurs. Dans le centre du Québec et dans les banlieues, on va assister à des courses serrées, à des luttes à trois, et plusieurs circonscriptions vont revenir au Bloc. 

Il a chassé les conservateurs de la deuxième place au Québec, derrière les libéraux engrangeant les votes du NPD en chute libre. Dans les années 1990 et au début des années 2000, le BQ avait l'appui de près de la moitié des électeurs québécois. Le dernier sondage Léger publié par Le Devoir indique qu’il est en tête dans les intentions de vote des francophones (29%), suivi par les libéraux (26%) et les conservateurs (24%). Le recul de quatre points en une semaine de Justin Trudeau et ses libéraux va l’obliger à multiplier ses changements de chaussettes. 

La relance du Bloc est essentiellement due au leadership d’Yves-François Blanchet, qui n’a pris la barre du parti qu’en janvier dernier. Grâce à lui le BQ a réussi à surmonter les dissensions et les démissions provoquées par le mandat tumultueux, erratique et incohérent de Martine Ouellet.  

Blanchet n’est pas encore très connu. Les débats télévisés seront cruciaux pour lui et son parti. Il projette une excellente image médiatique et il est le seul chef de parti à s’exprimer correctement en français. Il a donc la capacité durant ces débats d’amplifier la vague bloquiste. 

Le site Si la tendance se maintient attribue déjà 19 sièges au BQ. Blanchet vise au moins 20 sièges. C’est déjà presque «mission accomplie». En 2015, le Bloc n’avait remporté que 10 des 78 sièges du Québec, soit deux de moins que le minimum requis pour obtenir le statut de parti officiel. Il va maintenant l’obtenir avec un budget plus important et un temps de parole supplémentaire aux Communes. 

Le Bloc québécois peut espérer détenir la balance du pouvoir et ainsi s’assurer d’avoir un véritable droit de veto sur la politique du gouvernement fédéral, qu’il soit libéral ou conservateur. 

Pour y arriver, Blanchet à des cartes gagnantes à jouer. Son programme correspond aux valeurs des Québécois dans plusieurs domaines qui sont considérés comme importants pour les électeurs, dont la laïcité, la francisation et les changements climatiques. 

D’ici la fin de la campagne, le Bloc doit se fixer pour objectif de saper le soutien traditionnel accordé aux libéraux par les francophones âgés moins éduqués. Ces «vieux libéraux» adhèrent aux valeurs culturelles traditionnelles canadiennes-françaises et sont donc réfractaires au multiculturalisme trudeauiste. Trudeau a fragilisé le soutien de cet électorat en n’excluant pas une contestation judiciaire de la loi 21. Blanchet et le Bloc doivent marteler ce point pour éloigner ces électeurs du PLC.  

Bon point pour les attirer au Bloc, Blanchet dénonce les politiques d’immigration de Trudeau et demande à Ottawa de fermer la frontière avec les États-Unis, utilisée par des milliers de faux demandeurs d’asile pour entrer au Québec.   

La minorité anglo-ethnique est le seul groupe d’électeurs du Québec qui est totalement imperméable à tout cet argumentaire. Son allégeance inconditionnelle va au Parti libéral qui, il faut bien le reconnaître, a toujours très bien servi ses intérêts. 

Autre avantage pour le Bloc, il s’est positionné comme le porte-voix des revendications du gouvernement du Québec à Ottawa. Normal. Legault lui a donné un sérieux coup de pouce en demandant, dès le premier jour de la campagne, aux partis de s’engager à ne pas aider qui que ce soit qui tenterait de faire invalider la loi 21 par les tribunaux. 

La complicité manifeste du Bloc et de la CAQ devrait encourager le PQ à explorer discrètement une «convergence politique à long terme» avec la formation de François Legault. L’avenir du Québec en dépend.